Tiré de l’article original disponible en anglais et en cliquant ici
Dans l’hôpital historique (darüşşifa) du complexe social du sultan Beyazid II à Edirne, de la fin du XVe au XIXe siècle, différentes thérapies alternatives étaient appliquées : thérapie par l’eau, les odeurs… et surtout musique.
Selon Yener Yörük, président de l’Université de Trakya, cet hôpital accueillait aussi bien des patients mentaux que physiques. L’explorateur et chroniqueur Evliya Çelebi, dans son Seyahatname, décrit précisément le personnel, les salaires, mais surtout, quels makams (modes musicaux ottomans) étaient jugés bénéfiques pour certains maux.
En guise d’hommage à cette tradition, des concerts sont aujourd’hui diffusés au musée de la santé, créé en 1993 au sein de l’hôpital : 19 concerts déjà organisés, le 20ᵉ à venir.
Selon les sources, l’hôpital faisait intervenir trois chanteurs et divers instrumentistes (ney, violon, santur, flûte miskal, çeng – harpe ottomane –, luth), ainsi qu’une danseuse, trois jours par semaine pour apaiser les patients mentaux et physiques. Certains makams tels que Neva, Rast, Dügah, Segah, Çargah, Suzinak étaient recommandés pour les troubles mentaux, tandis que Zengüle, Buselik et Rast étaient considérés bénéfiques pour tous les malades. Tous ces instruments et modes étaient réputés bons pour l’âme humaine.
Certains makams étaient associés à des pathologies spécifiques :
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Rast pour les convulsions et paralysies,
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Zirefkend pour les douleurs dorsales,
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Zengüle pour les maladies cardiaques,
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Rehavi pour les maux de tête,
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Hicaz pour les troubles urologiques,
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Uşşak pour la malaria
La section consacrée à la musicothérapie du musée reconstitue ces pratiques grâce à des maquettes et des explications détaillées.
Contexte historique et médical
L’article s’inscrit aussi dans un cadre plus large : les hôpitaux ottomans — bimaristan, darüşşifa — s’inscrivaient dans une approche holistique, traitant à la fois le corps et l’esprit. La musique, en particulier, était considérée comme capable d’influencer l’état mental du patient. Wikipédia Daily Sabah
D’un point de vue islamo-médical, ces pratiques s’inscrivaient dans une continuité de soins traditionnels : on pensait que la musique, science en partie dérivée des mathématiques, pouvait aider à rétablir l’équilibre psychologique. Des hôpitaux comme celui d’Alep ou celui de Sultan Bayezid II à Edirne utilisaient musique, eau et même chants d’oiseaux pour soigner.