Pôle international de recherche en musicothérapie

Catégorie : notions

  • Émission radio : La musique adoucit les mœurs, peut-elle aussi adoucir nos maux ?

    La musique adoucit les mœurs, peut-elle aussi adoucir nos maux ?
    L’utilisation de la musique comme méthode de soins dans diverses maladies se développe depuis quelques années. Gérard Ducourneau, spécialiste de cette technique de soins, nous dit comment et quand faire appel à la musicothérapie.

  • MUSICOTHÉRAPIE ET MIEUX-ÊTRE de Sophie D’UDEKEM D’ACOZ

    Sophie D’UDEKEM D’ACOZ est infirmière dans le service de Gériatrie d’une clinique belge. Musicothérapeute, guitariste et compositrice, elle a fondé le groupe de musiciens bénévoles « Musique à cœur ouvert » et a créé un blog où elle partage régulièrement des réflexions en lien vivant avec sa recherche. « Infirmière, j’ai souvent remarqué, et cela me fait mal pour eux, la colère et le désespoir mêlés à un sentiment d’impuissance que certains patients éprouvent face à leur hospitalisation en Gériatrie. Ces patients sont hospitalisés sans l’avoir voulu. Des voisins, le médecin traitant, la famille les ont fait hospitaliser pensant qu’ils ne pouvaient plus continuer comme cela pour diverses raisons : sécurité, hygiène, sous-alimentation, santé mentale, … Ces patients, eux, ne se rendent pas compte ou ne veulent pas voir la raison de leur hospitalisation. Ils en veulent à ceux qui les ont fait hospitaliser. Ils se sentent à l’hôpital comme en prison, nous sommes leurs gardiens, et eux nos prisonniers. (…) C’est alors que me vint une idée : et si je leur jouais de la musique ! »

    C’est ainsi que je m’engageai sur un chemin semé de notes de musique dont le but est de parvenir à un mieux-être, de redécouvrir à travers la musique, le son, le rythme, les vibrations, l’harmonie, cette force que nous avons tous en nous : la joie d’exister !

    Ce livre témoigne de cette aventure riche en humanité. Comme s’écriait joyeusement une personne âgée au débutd’un atelier musique en maison de repos : « Ah, on va vivre ! »

    Table des matières

    INTRODUCTION GÉNÉRALE
    CHAPITRE I : CŒUR Á CŒUR
    Introduction
    2/ Ma démarche et son pourquoi
    3/ Témoignages
    CHAPITRE II : ATELIER MUSIQUE EN GÉRIATRIE
    1/ Introduction
    2/ Question sur laquelle repose l’idée
    3/ Objectifs
    4/ L’espace
    5/ Conditions et contraintes
    6/ Réflexions faites au fur et à mesure du déroulement des ateliers
    7/ Conclusion
    CHAPITRE III : ATELIER MUSIQUE EN MAISON DE REPOS
    1/Introduction
    2/ Espace
    3/ Qui ?
    4/ Objectifs
    5/ Formation d’un groupe
    A. 12 premières séances
    B. Rencontre avec les aides-soignantes et infirmières
    6/ Évolution du groupe avec le temps
    7/ Comment secouer l’apathie
    8/ Je suis vivant
    9/ Les sentiments
    10/ Maintenir la flamme
    11/ Conclusion
    CHAPITRE IV : RÉFLEXIONS DU MUSICOTHÉRAPEUTE SUITE À L’ACCOMPAGNEMENT D’UNE PERSONNE DANS SON CHEMINEMENT LORS DE SÉANCES DE MUSICOTHÉRAPIE INDIVIDUELLES
    1/ Introduction
    2/ Séances
    3/ Conclusion
    – CONCLUSION GÉNÉRALE
    BIBLIOGRAPHIE

    300 pages, 15 x 21, 22 €
    ISBN : 979-10-93532-17-2

    pour vous procurer le livre, c’est ici

  • LE JEU DU MIROIR ET SON OBSCURITÉ / Dr Rolando BENENZON

     

    « C’est un livre spécial, hors série, par l’intérêt et l’originalité du thème, l’amplitude du champ conceptuel qu’il embrasse et la rigueur de sa réalisation. » déclare Violeta Hemsy de Gainza dans sa préface. Effectivement, nous avons là, l’œuvre du pionnier de la musicothérapie permettant de mieux appréhender le modèle qu’il a mis en place. Un document indispensable.

    J’ai imaginé ce livre-jeu (ou jeu-livre) avec l’objectif d’aider à développer au maximum notre dimension créatrice. De nos jours, on pourrait penser qu’un lecteur soit devenu un sujet qui comprend de moins en moins, saturé par la société de consommation, la publicité, internet, la télévision et donc exclu de la possibilité de penser librement, profondément et gêné dans la réflexion.

    En ce qui me concerne, je pense qu’au contraire n’importe quel lecteur est potentiellement prêt et désireux de se laisser emporter sur le toboggan de la
    découverte du savoir et de la sagesse. Il suffit de lui montrer la porte afin qu’il l’ouvre. Peu importe son enfance, son éducation, sa qualification, il existe un désir inné de savoir et de découvrir.
    C’est pour cette raison que je ne me suis pas résigné à simplifier un livre pour le transformer en produit de consommation mais j’en appelle plutôt au désir du lecteur disposé à entrer dans sa dimension créatrice.


    Rolando Benenzon, psychiatre et musicien, pionnier
    de la musicothérapie est président d’honneur de la
    Fédération Mondiale de Musicothérapie.

    ISBN : 979-10-93532-07-3
    ISSN : 1240-12641
    29,60€

    plus d’infos ici

     

  • Mise en place d’un projet : Roseline CAILLOU-CARBONNEL

    Un nom :

    • Atelier thérapeutique à médiation musicale
    • Atelier utilisant les applications de la musicothérapie
    • Atelier de musicothérapie

    État des lieux / circonstances.

    Photographie de l’institution permettant de percevoir où se situe le besoin suite à un constat.

    Ex : Déambulation, isolement, difficulté à exprimer ses sentiments, intolérance à la frustration provoquant des crises et de l’agressivité, introversion…..

    Quelle est la population concernée ?

    Cela est en fonction de l’institution où vous allez travailler. Cette question permet aussi de montrer que l’on s’est renseigné sur l’organisation et le rôle de la structure.

    Ex : patient hospitalisé d’office, n’ayant pas de contact avec l’extérieur.

    Les intervenants

    Formations, corps de métier participant à l’activité, activité déjà mise en place auparavant.

    Musicothérapeute et musicien, et infirmier, et éducateur, et EX.

    Les moyens nécessaires

    • Une Salle. (Puisque la salle représente le cadre, le cadre doit être stable et régulier)
    • Un poste CD
    • Un instrumentarium ou un moyen de stocker les instruments sous clefs. Hors contexte ils redeviennent des objets et dépendent de l’intention de l’utilisateur.

    Champs d’action de la musicothérapie

    • Attention écoute
    • Conscience de soi
    • Échange
    • Expression gestuelle et vocale
    • Expression instrumentale
    • Imagination
    • Mémorisation
    • Occupation de l’espace
    • Vers la détente

    Objectifs thérapeutiques

    On travaille sur les capacités de communication ayant des troubles de la relation (à l’Autre).

    Il est important de se renseigner sur la personne prise en charge, son caractère et ensuite sa pathologie.

    Déroulement et circonstance d’une séance

    Patient inscrit suite à une concertation de l’équipe pluridisciplinaire.

    Ils n’ont pas la même relation avec le médecin, le psychiatre, l’infirmier, l’éducateur. Les rôles, le temps accordé, la relation avec l’autorité et la frustration ne sont pas les même. Il est important pour le patient de ressentir que l’équipe est soudée car il aura naturellement tendance (comme nous tous) a créer un clivage bon est mauvais objet.

    Une prescription médicale

    Obligatoirement : daté et signé par un médecin titulaire, Au nom du patient avec une problématique de départ, un objectif thérapeutique. Le rythme de séance et la durée de soin.

    Ex Dr X , Le ../../

    Suite à X trouble du comportement, je souhaite que Mme Y participe au séance de musicothérapie avec Mme Z dans le but de ….

    Une fois par semaine durant un mois renouvelable.

    Cette prescription est un cadre rassurant pour tous les acteurs du soin (le patient est aussi acteur et donc de moins en moins patient passif).

    Déroulement type d’une séance.

    Ex : une heure dont un quart d’heure est dédié à la rencontre. (les imprévus, attendre les retardataires, écouter les peurs qui n’ont pas forcément besoin de réponse, les nouvelles du jours, etc. en fonction de la relation qui s’est instauré)

    Ce projet doit être adapté au lieu où vous travaillez, votre expérience et votre personnalité.

    Si vous prenez le statut de thérapeute (ou aidant), la grande majorité des patients seront bienveillant envers vous et auront envie de vous faire plaisir. C’est là, la difficulté car ils vont réaliser vos désirs en oubliant les leurs.

    Avant chaque début de séance j’essaye de visualiser quels sont mes désirs et mes peurs, et ensuite de les mettre à distance durant l’atelier.

    Pour ma part j’essaye d’oublier le désir d’esthétique et de réussite, et la peur du silence, de la page blanche, du temps de réflexion et de recherche pour ne pas proposer tout de suite quelque chose venant de moi et empêchant l’apparition d’une idée venant des Autres. Je n’y arrive pas toujours…

    Roseline CAILLOU-CARBONNEL

  • Analogique/digital, métaphore/métonymie.

    Métonymie : quelque chose de linéaire, succession de notes ou succession de sons. C’est aussi un déplacement.

    Métaphore : renvoie à plusieurs couches : toutes les idées et références qui viennent à l’esprit. Métaphoriquement : cela me fait penser à…

    On entend une musique : métonymie analogique, elle se déroule.

    On reçoit cette musique, compte tenu que nous sommes des sujets pensants il y a digitalisation, métaphoriquement ça fait penser à quelque chose.

    De même lorsqu’on pense à une chorégraphie.

    Il est important d’avoir ces deux notions présentes à l’esprit car deux dangers guettent le musicothérapeute… la toute puissance et l’interprétation. Sur ce dernier point, il est évident que nous ne pouvons pas nous passer de penser, donc d’avoir des idées, « je pense que ceci veut dire… », mais il convient de vérifier par la suite que ces suppositions, ces interprétations sont correctes. D’où la nécessité de la répétition, de la succession, une suite.

    Les chercheurs de Palo Alto ont mis en évidence divers types de communications perceptibles à savoir la communication de type analogique et la communication de type digitale (de digit en anglais)

    On peut représenter un objet par un dessin (représentation analogique) ou le nommer (digitalisation). Geste attitudes mimiques intonation : communication analogique.

    Communication digitale : au moyen de mots Seul l’être humain peut utiliser ces deux modes

    La musicothérapie va essentiellement se constituer à partir du registre analogique par sa mise en acte avec pour objectif une digitalisation du message

    Le quadrilatère de Rosolato

    MD : métaphore digitale

    MA : métaphore analogique

    mD : métonymie digitale

    mA : métonymie analogique

    Rappel :

    mA sera la lecture linéaire, descriptive, ce qui est audible, visible.

    mD sera le discours, le codage musical, etc.

    MA sera le domaine des situations, sonores, visuelles, olfactives, tactiles auxquelles renvoie le contexte actuel

    MD sera le domaine des associations, des pensées auxquelles renvoie le contexte actuel

    Le quadrilatère est dans « Éléments de l’interprétation » de Guy Rosolato (Gallimard, NRF, 1985, p. 92)

    Exemple : au cours d’une séance un musicothérapeute a proposé à un enfant sans langage une structure rythmique (marquant ainsi sa présence) en frappant dans ses mains : … … repérage métonymique (vocalement : taptaptap taptaptap). Or la réalité sonore de cette structure rythmique était deux croches noire deux croches noire ; ce qui dans cette forme d’écriture est éminemment digitale (ce qui montre la difficulté pour le MT : la transcription d’une séance). CAD sur le plan gestuel il y avait (dessin des mains frappée) représentation analogique et sur le plan sonore ce que nous avons écrit bien sûr il y avait en MA la mélodie, et en MD sur le pont d’Avignon et aussi une multitude d’association qu’il traduisait plus ou moins dans un déplacement corporel. Tentation grande pour le MT de partir sur le registre de la chanson enfantine, sans vérifier ce qui est réellement perçu par le sujet. L’enfant frappe dans ses mains de façon désordonnée. Le MT abandonna sa structure (culturelle) pour passer dans registre utilisant intensités (fort/doux). L’enfant ne fait que suivre ses productions. Aucun code de communication n’était perceptible. Le quadrilatère permit de repérer que la situation demeurait sur un plan analogique, gestuel (les mains) et sonore. Le MT eut alors idée de ponctuer séquences de frappés par utilisation de la voix. L’enfant eut relation d’écoute et reprit sa production sur autre mode. Amorce d’ouverture de canaux de communication, à vérifier que les deux personnes sont dans registre de communication et non de stimulus réponse.

    Le quadrilatère est un outil pour mieux comprendre la relation :

    En musicothérapie on centre l’approche sur l’analogique pour parvenir à l’’expression langagière.

    La voix : canal de communication extra sur plan analogique (simple son émis ayant trait au sensoriel), sur le plan digital (cohérence d’un discours codé avec des significations conscientes ou non). Sera porteuse d’un langage musical, artistique, codé (mD) éveillera sensations auditives similaires déjà vécues (MA) impliquera des associations de pensées concepts, la plupart du temps inconscientes (MD). (E. Soulier, La voix, un chemin pour rompre l’isolement, Non Verbal/A.M.Bx, 2009)

    Interpréter dans le contexte non verbal : le passage obligé permettant aux individus de donner sens au contenu de leur relation est l’élaboration d’un code de communication (sorte de territoire commun entre eux). Cependant la connaissance du code et l’agilité à le manipuler diffère selon chacun. L’utilisation et les frontières du code sont plus ou moins déterminées par nos connaissances, notre personnalité, notre histoire, notre culture. Dans ces conditions, il est ordinaire que dans le langage verbal surgissent parfois des déboires communicationnels (c.à.d. des intercompréhensions incomplètes voire erronées). Mais par la faculté des individus à discourir sur le code (le métalangage) ces déboires sont plus ou moins rapidement résolus (c’est bien ce que tu veux dire ? le métalangage réanime en quelque sorte l’intercompréhension).

    En situation de musicothérapie, ce fonctionnement métalinguistique ne s’exerce pas a priori. L’évaluation des signes sur lesquels nous nous appuyons pour établir un code de communication reste donc aléatoire. Tout comportement ou attitude a une valeur significative de communication : l’école de Palo Alto a précisé : « on ne peut pas ne pas communiquer ».

    Rosolato a étudié les processus de signification dans le champ des représentations non verbales. Il nomme signifiants de démarcation l’opposé des signifiants linguistiques.

    La communication dans son ensemble est à la fois verbale et non verbale et est plus complexe qu’on ne peut l’imaginer tellement il y a de parties sombres qui restent invisibles, nous échappent et sont très bien perçues par l’autre.

  • À propos du non verbal / Gérard Ducourneau

    Article tiré de la 1ère revue Musique Thérapie Communication  (juin 1987):

    Lorsqu’on frappe deux coups sur une table, ce peut être entendu « pim – pam » par le parolier, « fa-sol » par le musicien, appel par les élèves, ordre par le maître, etc.. .

    La réflexion que je propose ici est à situer non comme définitive mais comme point de départ, un peu comme si la musicothérapie, enfin, accédait au langage.

    II est admis de placer cette activité thérapeutique dans la sphère des disciplines non verbales et j’ai, moi-même, utilisé le terme.

    Verbal, dans l’absolu, c’est « ce qui n’est que de vive voix et non par écrit », mais c’est aussi pour le procès-verbal « le narré par écrit de ce qui s’est passé » et son origine étant verbalis – verbum, on remonte au verbe, dont la première définition est : « parole, ton de voix »…

    Tout en lisant ces lignes avec attention, il n’est pas exclu que vous pensiez à autre chose !

    Si on admet que le langage est l’expression de la pensée, par la parole, il n’est qu’en raison du fait qu’il existe dans la pensée.

    Certes, la parole intérieure est elliptique, c’est-à-dire que la forme phonétique des mots peu tout à fait disparaître mais cela ne peut nous conduire, toutefois, à déclarer que la pensée serait privée de mots ou de signes.

    Rappelons, très brièvement, quelques notions utiles à la compréhension du texte : le signe est composé d’un signifiant et d’un signifié lequel n’est pas à confondre avec le réfèrent. Ce dernier est le contexte auquel renvoie le message, il peut être situationnel (tous les éléments qui appartiennent à l’entourage des locuteurs au moment t) ou textuel (éléments actualisés par le message).

    Le symbole, c’est quelque chose qui représente autre chose qui est en dehors de lui, par exemple la croix représente le christianisme.

    Ce qui est particulier à l’homme, c’est le passage du stade de l’emploi des symboles globaux au système de signes à deux faces et double articulation et ce passage se fait par intégration des timbres affectifs – expressifs, hauteur, intensité, timbre, que certains appellent les effets supra-segmentaux. Les deux articulations de la langue peuvent se résumer ainsi :

    – première articulation avec des signes que les linguistes nomment « monèmes » et d’autres « segments ».
    – deuxième articulation, les unités constitutives du signifiant (phonèmes).

    Si nous pensons à l’enfant sourd, cet enfant ce bébé, comme tous les autres, a faim, a mal au ventre, éprouve joie et tristesse.., La mère prépare le biberon, le change, lui sourit, lui parle. Certes, il n’entend pas mais il établit les liaisons entre les signaux et il intègre les oppositions, clef de voûte de la mise en place du langage.

    L’enfant sourd exprime, émet des sons dont il ressent les vibrations, il sait qu’une certaine production verra le retour de la mère, Bien sûr nous savons que très tôt, dans ce cas, il faudra une aide considérable pour permettre l’évolution normale de la pensée. Mais nous voyons que ce qui se passe avec l’enfant sourd être humain, n’a rien à voir avec ce qu’on étudie avec l’animal qui reste, lui, au stade du signal,

    Le terme « non verbal » est abusivement employé et sans doute vaudrait-il. mieux dire « sans parole ».

    Souvent, lorsqu’on parle du « langage du corps », parfois même sans que les auteurs en soient très conscients, cela renvoie à toute une théorie, peut-être idyllique, sur l’origine du langage, le langage originel.

    Cette théorie postule que le langage aurait été composé exclusivement de noms concrets or, sur ce point, le linguiste Benveniste est très clair et fournit l’exemple suivant, qui a fait l’objet d’une étude de Tzvetan Todorov ; l’explication traditionnelle, dont je passe les détails, fait passer phonétiquement et morphologiquement de « chêne » aux valeurs morales « fidèle »,  »ferme comme un chêne », 1’image du chêne donnerait la représentation de la fidélité. On aurait alors la satisfaction de montrer que le concret précède l’abstrait etc. Or., Benveniste montre que la racine, point de départ, ne signifie chêne qu’en grec, alors que dans les autres langues indo-européennes c’est, tout simplement bois. Il remarque, en outre, que le chêne ne pousse pas sur tous les territoires concernés par ces langues. Pour conclure, il montre que « ce n’est pas le nom ‘primitif’ du chêne qui a créé la notion de solidité, c’est au contraire par l’expression de la solidité qu’on a désigné 1’arbre en général et le chêne en particulier. »

    Restons avec ce chêne car il nous permet de comprendre un des aspects que nous travaillons au cours d’ateliers, de la formation, je veux parler des éléments: eau, feu, terre, …, pierre. Un chêne ! C’est tout à fait abusivement que nous disons que « ça nous parle » mais c’est vrai qu’il est signe ou symbole, ainsi c’est, à l’automne, la possible présence de cèpes dans un bois, c’est, pour les Français, Saint-Louis rendant la justice et pour ceux de ma génération surgit l’image d’Épinal (et aussitôt une multitude de souvenirs), c’est pour les Basques, Gernikako arbola, symbole des libertés, pour d’autres, c’est du bois de chauffage ou l’arbre du pendu.

    Chemin faisant, on se rend compte que ce chêne existe plus par le fait d’en parler qu’en tant que tel, il est plus présent par nos mots que si nous étions dans la forêt. Je ne fais là que reprendre une éblouissante démonstration de Lacan qui, lui, avait carrément introduit un éléphant dans son séminaire !

    Il y a peu de temps je lisais dans un ouvrage une phrase concernant les vieux paysans basques, phrase qui disait : « Les vieux paysans avaient l’habitude de dire que tout ce qui a un nom existe. » Je ne sais pas si réellement c’est propre aux paysans basques, comme on nous le laissait entendre, mais on peut aller plus loin en disant que rien n’existe en dehors du langage. C’est là que je voulais en venir…

    Exprimé ou non à voix haute, il existe et c’est pour cela que je préfère mettre des guillemets à « non verbal ».

    Mais, je voulais aussi en venir là car ça nous engage totalement dans une démarche pratique. Il ne s’agit pas seulement de discourir, en musicothérapie, il y a l’action quotidienne. Certains enfants ou adolescents psychotiques montrent grand intérêt pour l’eau, pour des lieux, des trajets, des éléments… et certaines personnes font cas de ces mouvements, de ces actions (je pense à Fernand Deligny), ils tentent de comprendre ou saisir le signe qui pourrait permettre une aide. Bien sûr si nous pensons l’autre comme complètement vide, notre attitude sera différente de celle que nous pourrons avoir si nous lui prêtons la possibilité de penser.

    L’enfant touche l’eau, bien entendu cela peut être un stade instinctuel, ce peut être aussi la sensation: humide, donc déjà opposé à sec ou agréable par rapport à désagréable, c’est-à-dire le début des oppositions.

    Ici se joue toute la démarche, toute la philosophie de la thérapie et qui donnera deux écoles totalement opposées : celle du comportement… et son mépris de l’être et celle de la relation… avec le respect de l’autre.

    Lorsque nous travaillons sans parole, sur le plan corporel, nous avons toujours à veiller à ne pas interpréter… interpréter quoi, au fait ? Ainsi, si j’écarte les bras… qu’est-ce que cela veut dire ? Vais-je embrasser ? enserrer ? étouffer ? m’étirer ? j’ai chaud ? mal au dos ? je tire ma manche ? Tant que nous n’aurons pas établi notre code symbolique par lequel nous nous situerons que pouvons-nous dire ?

    En musicothérapie il faut, comme dans d’autres domaines, se méfier de la confusion de registre et, en premier lieu il faut se garder d’interpréter brutalement car on coupe ainsi tout ce qui pourrait surgir par la suite,

    Rolando Benenzon, dans son manuel relate l’histoire d’une femme qui avait une crise à l’écoute de sons de cloches. La psychothérapie, venant alors prendre le relais de la musicothérapie, permit de dégager que tout ceci était lié à une expérience homosexuelle avec un professeur de piano, alors qu’elle était jeune. Il ne s’agit pas de croire que l’affaire est terminée… car il s’agit là d’une reconstruction imaginaire de la chose, mais on note bien la complémentarité des deux disciplines dans cet exemple.

    Guy Rosolato, psychanalyste, dont une partie des travaux porte sur l’Art, l’émotion artistique, s’est préoccupé de ce qu’il nomme le signifiant de démarcation dont on trouve une explication p.116 des « Actes du 2ème congrès mondial de l’enfant isolé » :

     » Lorsque nous voyons une image, nous distinguons une forme qui peut être comprise ou non. En elle-même, cette forme existe et c’est un signifiant de démarcation. « 

    Guy Rosolato a développé le sujet dans l’ouvrage cité en fin d’article, il est impossible de le résumer ici mais il rejoint bien de nos préoccupations en musicothérapie où la musique et le geste ont une grande place.

    Les images ou les phrases musicales sont donc des signes avec un signifiant de démarcation (autre que linguistique) et un signifié qui, alors, renvoie au réfèrent ou à un signifiant linguistique, si on possède le langage. Ces signifiants de démarcation sont issus des séries d’oppositions fondatrices du langage : présence / absence, plaisir / déplaisir etc. De plus il est bien clair que si les signes créent une communauté, ils excluent ceux qui ne les comprennent pas, ce qui sous-tend l’idée de l’ordre symbolique.

    N’oublions pas, encore, que l’enfant perçoit le langage verbal et les signes de son entourage bien avant de parler, des signifiants de l’ordre du symbolique apparaissent avant même l’articulation du langage et Lacan dans une de ses phrases clés dont il a le secret dit : « c’est du reste parce qu’on a ce matériel signifiant qu’en pourra signifier quelque chose. »

    Voici, peut-être un peu rapidement exposées les raisons pour lesquelles nous préconisons d’utiliser les guillemets lorsque nous employons le terme « non verbal », afin qu’il y ait mise en éveil, provocation d’une réflexion.

    II me semble qu’il est temps de poser le problème musicothérapie en ces termes car trop de mirages s’offrent à la vue, mirages qui, sous des aspects plus ou moins thérapeutiques n’ont d’autre finalité que la négation de l’homme au profit de totalitarismes.

    Est-ce à dire que nous en avons terminé ? Certes non ! Et le premier numéro de cette revue est bien le témoignage, la trace de notre souci de clarté, de recherche et d’information.

    Références bibliographiques :

    Guy Rosolato, Éléments de l’interprétation, Gallimard. 1985.
    Tzvetan Todorov, Théories du symbole, Points Seuil. 1985.

  • Indications et contre-indications des cures soniques / Docteur Bernard Auriol

    Article tiré de la 1ère revue Musique Thérapie Communication  (juin 1987):

    Je désigne par ce terme de « cure sonique » (ou « acousticothérapie » selon le néologisme créé par D. Feldman, 1985) l’ensemble des procédés de thérapie utilisant l’interaction entre le patient et un environnement sonore aménagé en vue d’obtenir une modification positive de son organisme. J’envisagerai ici un sous-ensemble limité aux procédés utilisant, en plus d’une source sonore définie (souvent musicale ou vocale), quelque procédé de modification systématique de cette source : filtres, amplificateurs, équalizers, etc.

    Certaines d’entre ces méthodes ont un objectif spécifique précis qui dispensent de commentaires étendus ; il en va ainsi des sons Feijoo employés en analgésie dentaire ou obstétricale, des cassettes conçues pour faciliter la détente et la relaxation, etc. du Suvag Lingua de Guberina pour la rééducation des sourds et l’apprentissage des langues étrangères, de l’appareil de Lafon pour améliorer le confort et la compétence linguistique du sourd, etc.

    Réciproquement, la musicothérapie dans son acception courante, sans utilisation de traitement du signal, peut entrer dans la stratégie soignante, à peu près dans tous les cas, au prix de l’imagination, de la culture et du savoir faire du praticien.

    Entre ces deux extrêmes, nous trouvons les thérapies « armées » d’un appareil modificateur de l’écoute : Oreille Électronique et ses émules, Sémiophone d’Isi-Beller, Filtre de Bérard, Variophone d’Auriol et Marinoff, etc.

    Elles ont toutes pour inspirateur plus ou moins direct A. Tomatis qui a, probablement le premier, proposé de traiter ainsi les difficultés vocales du chanteur, de l’orateur, etc., les troubles élocutoires du dyslexique ou du bègue, l’aphonie et les dysphonies anxieuses (A. Le Gall, 1961) ; plus tard les indications se sont étendues à l’enfant hyperkinétique, instable, inattentif, fatigable, excessivement introverti, mutique et même autiste (A. Tornatis, 1971, 1972, 1977).

    Feldman (1985, p. 135) fait une énumération extrêmement extensive des indications de 1′ »acousticothérapie » sans se référer à une bibliographie précise ; il propose de l’utiliser dans toutes sortes de désordres de l’écoute et de la phonation, pour rééduquer diverses aphasies, apraxies, amusie et agnosies, dyslalies, troubles névrotiques et psychotiques de la communication. Les indications privilégiées sont pour lui regroupées sous quatre chefs :

    1) les troubles audio-psycho-phonologiques sont liés à une perturbation ou un affaiblissement du désir de communiquer et de connaître : la cure sonique aurait pour effet de restaurer, renforcer, stabiliser ce désir. On range dans cette catégorie, les névroses de l’enfance avec décompensation scolaire, les désordres névrotiques et psychotiques de la communication, les hypoacousies psychogènes, les dysphonies psychogènes et les retards de langage.
    2) les troubles de la latéralisation qui sont fréquemment liés à une dysharmonie énergétique entre traitement analogique et traitement digital de l’information.
    3) les troubles organiques ou fonctionnels de la phonation et de l’attention auditive.
    4) les troubles de la lecture, de l’écriture et de l’orthographe .

    On a aussi préconisé la cure sonique chez certains épileptiques (Derrien 1975), dans diverses formes de névrose et de dépression (Auriol, 1978 et 1979), dans la toxicomanie (Auriol, 1979), les psychopathies, etc. Examinons ces indications jusqu’ici méconnues.

    L ‘ÉPILEPSIE

    Pendant longtemps, l’épilepsie, marquée par la gravité de crises pouvant conduire aux blessures et à la mort, par le caractère totalement inconscient des phénomènes critiques, par la possibilité d’amender ses manifestations les plus voyantes au moyen de médicaments, par la fréquence de son apparition en cas de compression ou de cicatrice de la substance cérébrale, a été considérée comme « exclusivement organique », c’est-à-dire fondée sur une lésion potentiellement décelable de manière objective et inaccessible à une forme quelconque d’intervention relationnelle.

    Un certain nombre de bémols sont venus, très tôt, parsemer cette rigoureuse partition :
    – la possibilité d’agir sur les crises (de les prévenir ou même les interrompre) par une stimulation suffisamment forte (faire tourner une clef dans la main du patient comme on le fait traditionnellement en Algérie ou intervenir « médicalement » dans le même sens comme l’a proposé Bob Efron…)
    – le fait que le sujet puisse dans certains cas se provoquer intentionnellement des crises par un procédé efficace (en passant très rapidement, de nombreuses fois, la main devant les yeux, en face du soleil, par exemple, comme je l’ai observé chez un enfant de la clinique de Solliès Pont).
    – le type de personnalité spécifique, le caractère particulier que Mme Minkowska et d’autres (Auriol, 1973) ont mis en évidence chez une majorité des victimes de la « maladie sacrée » (morbus sacer).
    – la fréquence des cas où, faute de cause physique évidente, on se trouve contraint d’en appeler à une « forme essentielle » de la maladie.

    Ces faits et quelques autres ont permis d’individualiser une « épilepsie psychosomatique » dont la seule raison de sa survenue serait une forme de conflit psychologique (S. Freud, 1928, voit la crise comme une décharge somatique de masses d’excitation dont le sujet ne vient pas à bout psychiquement, simulacre de crime-parricide assorti de son châtiment-suicide, conflit non gérable d’un surmoi-sadique et d’un moi-masochiste ).

    On sera sans doute bien inspiré de retenir plutôt une causalité à deux versants, dont le niveau (plus ou moins subtil) d’observation rendrait compte pour l’essentiel.

    Quoiqu’il en soit, E. Darrien (1975) a publié une étude faisant droit à la possibilité d’agir soniquement sur cette affection, avec des résultats qui semblaient fort encourageants. Il fait état de dix observations et constate : « Les résultats obtenus permettent d’affirmer qu’il n’y a pas eu d’échecs, en ce sens que toutes les cures entreprises et suivies régulièrement ont amené une disparition ou une diminution très sensible des crises, ceci malgré la diminution plus ou moins importante (possible dans tous les cas dès le troisième mois) ou la disparition (à partir du neuvième mois) de la thérapeutique médicamenteuse. »

    La cure était de type banal avec, cependant, usage de grégorien non filtré dès les premières séances à la fin de l’heure de musique filtrée en passe-haut à 8000 Hz (cette dernière étant parfois mal supportée : irritabilité). On administrait deux heures d’OE par semaine. La mère recevait des sons filtrés également.

    LA DÉPRESSION

    Dès les premiers temps de l’utilisation de l’oreille électronique dans les troubles de l’élocution, il est apparu qu’on obtenait, en marge de l’effet attendu sur la difficulté visée, une dynamisation de l’enfant ; il semblait prendre un nouvel intérêt à la vie scolaire et même à la vie tout court, nouant de nouvelles relations, oubliant sa timidité, sortant de son isolement ou de son apathie, etc. On soupçonna qu’il y avait là une action sur des équivalents dépressifs propres à l’âge scolaire.

    Les cliniciens utilisant l’oreille Tomatis, tel le Dr P. Gardey et le Dr Mouret, lors d’entretiens informels, tel le Dr J. Raynaud (****) au Congrès des médecins militaires du Val de Grâce, affirmaient un effet antidépresseur repérable chez l’adulte.

    J’ai tenté de vérifier, au niveau de ma propre clientèle, dans quelle mesure l’observation appuyait ce point de vue.

    Au prix de soixante dix heures, en moyenne, d’exposition à l’OE, nous avons noté 66% de succès et 30% de résultats incertains ou d’échecs (sur 40 cas). Les psychoses mélancoliques authentifiées par l’histoire du sujet constituent une mauvaise indication de la cure standard (5 échecs sur 6 cas). En effet, on obtient bien souvent une amélioration qu’on croirait spectaculaire mais qui l’est trop puisqu’il y a « inversion de l’humeur » ou « instabilisation » : euphorie et pessimisme se répondent, expansivité excessive, dépenses inconsidérées, etc. De tels phénomènes se paient bien souvent par- une culpabilisation massive, des idées voire des actes d’autonuisance pouvant aller jusqu’au suicide.

    Les états dépressifs névrotiques, y compris certains qui avaient résisté à de multiples hospitalisations et chimiothérapies antérieures sont au contraire bons répondeurs (13/20)… Nous obtenons une amélioration dans plusieurs des cas « résistants » par l’adjonction de techniques différentes telles que Rebirth, Rolfing, Méditation, Hatha Yoga, etc. Le pourcentage de succès dépasse alors (sur notre échantillon) 80% (B. Auriol, 1978).

    Désireux de préciser, de manière très générale, les indications des cures soniques sous appareil modificateur de l’écoute, j’ai proposé une approche psychométrique du problème :

    ÉTUDE PSYCHOMÉTRIQUE DES INDICATIONS

    Les indications ci-dessus étaient totalement empiriques, cliniques et toujours discutées pour insuffisance méthodologique ou même défaut de publication autre que dans des circulaires à diffusion restreinte ou des revues confidentielles.

    C’est à E. Deneys (1986) qu’on doit d’avoir commencé à réaliser ce travail. Quoique encore insuffisant et marqué par certaines faiblesses, liées aux contraintes de la pratique libérale qui est la nôtre, d’où étaient issues les données qu’elle a exploitées, son mémoire permet de prévoir sur quelles dimensions de la personnalité peuvent agir les sons filtrés et dans quelle mesure peuvent s’amender les symptômes cibles et/ou les structures qui les sous-tendent…

    Elle a tenté d’évaluer avec nous s’il existait des paramètres de la personnalité qui étaient significativement modifiés, dans un sens déterminé, par l’usage prolongé d’une thérapie sonore avec appareil Tomatis ou Variophone, utilisant la modification systématique de sources sonores diverses selon le protocole préconisé par A. Tomatis.

    Nous avons testé (Test M.M.P.I.) un certain nombre de sujets avant cette sonothérapie et après plus de six mois de pratique.

    Les échelles Obvies s’améliorent tandis que les Échelles Subtiles restent stables. On observe une diminution des échelles d’angoisse, de dépression, d’intériorisation, d’introversion et de névrose et une augmentation de l’échelle « force du moi » (« Ego Strength ») et de l’échelle de passage à l’acte.

    L’ensemble suggère que ce type de cure entraîne une plus grande propension à extérioriser les problèmes sous forme d’actions socialement adaptées (sublimation ?) et une plus grande capacité d’adaptation sans modification notable de la structure psychopathologique de fond: le type de névrose reste le même, les échelles psychotiques varient peu.

    On doit noter que l’augmentation de l’échelle de passage à l’acte, comporte des inconvénients, éventuellement graves qui invitent à une grande vigilance concernant la propension du client à réaliser ses angoisses dans la réalité plutôt que d’en supporter la charge interne. Il existe un risque non négligeable d’actes auto ou hétéro agressifs, de changements sentimentaux, professionnels ou idéologiques mal intégrés, Il est peut-être utile d’avertir le patient de ces diverses éventualités, heureusement maîtrisables le plus souvent.

    On pourrait penser que ces résultats dépendent moins de l’administration de Sons Filtrés que de l’action non spécifique liée à la prise en charge de ces sujets par un procédé quelconque auquel ils ajoutaient foi. II devient alors intéressant de prendre en considération une étude, similaire dans son protocole mais concernant une autre technique de « prise en charge » qui fut réalisée dans le cadre de la thèse médicale du Dr Lucien Goulinet. II a utilisé le M.M.P.I. avant et après six mois de pratique d’une forme de Yoga Mental, connu sous le nom de Méditation Transcendantale. Il observe une diminution significative des échelles de Dépression, de Psychopathie, de Paranoïa, de Psychasthénie, de Schizophrénie, de Manie, d’Anxiété (indice A.I. et A.M. de Taylor), de Névrosisme. Par contre, les échelles d’Hypocondrie, d’Hystérie, de Masculinité/féminité, d’Introversion Sociale, de Passage à l’Acte (rapport d’intériorisation) semblent rester stables ou varier de façon peu significative. On voit que la Méditation semble agir davantage sur les échelles psychotiques, la sonothérapie sur l’inhibition de l’action. En pratique, j’ai trouvé qu’il existait une heureuse complémentarité entre les deux méthodes et plus généralement, entre les méthodes « dynamogènes » et les méthodes « relaxantes » (Auriol, 1985).

    Deux échelles (A et R), utiles à la recherche, ont été proposées par G. Welsh : elles constituent une évaluation très satisfaisante des facteurs essentiels qui ont été isolés de façon stable dans la très grande majorité des études factorielles de ce test.

    L’échelle A concerne plutôt le monde « subjectif » et « intersubjectif » des valeurs, des jugements, de la vie intérieure, des sentiments, etc. L’élévation de cette échelle correspond à une majoration de 1′ « angoisse existentielle », du « sentiment tragique de l’existence », de l’introversion, de la crispation sur des valeurs sentimentales, intérieures, subjectives au détriment de l’action, de l’attention à l’environnement, de la communication directe et franche avec autrui… (Introverti d’Eysenck ; Axe Sentiment-introverti/Pensée-extravertie de C.G. Jung

    L’échelle R concerne l’attitude à l’égard du monde « objectif » interne (somatisations) ou externe (contacts, science et technique, etc.). L’élévation de cette échelle correspond à une majoration du positivisme, de 1’extraversion, des valeurs réalistes et objectives de la vie, y compris sous forme de somatisations ou de passage à l’acte en cas de conflit… (Extraverti d’Eysenck ; Axe Sensation-extravertie/Intuition-introvertie de C.G. Jung

    L’orthogonalité de ces deux échelles a été maintes fois confirmée par de nombreux travaux expérimentaux qui ont tous montré des inter corrélations entre elles très proches de zéro. Elles permettent donc de rendre compte du maximum d’information contenue dans un protocole. Observer que les cures soniques entraînent une diminution de l’une et pas de l’autre serait un acquis tout à fait remarquable riche de conséquences théoriques et pratiques. Or c’est bien ce que nous constatons. En effet, la comparaison avant-après cure sonique montre une diminution systématique de la composante factorielle A dans le M.M.P.I, et des variations peut-être aléatoires (en tous cas non significatives en ce qui concerne la population étudiée) du facteur R.

    Cette constatation va dans le sens des observations cliniques, lesquelles ont conduit tous les praticiens à affirmer la « dynamisation relationnelle » produite par la cure sonique, II s’agit d’une ouverture à la communication et au monde extérieur : éveil, concentration, attention, activité, relations humaines. Dans quelques cas, rares mais très suggestifs, on est surpris d’entendre les témoins du milieu familial ou scolaire vanter une amélioration du comportement que ne confirme pas nécessairement le sujet qui estime n’avoir pas fondamentalement changé. Il a même parfois l’idée que ce sont les circonstances qui sont devenues plus favorables.

    II reste nombre de points faibles dans ce travail qui devra être repris et amplifié pour acquérir de véritables certitudes quant à ce qu’on peut attendre de la sonothérapie.

    Références bibliographiques :

    B. Auriol Sur divers aspects caractérologiques de l’épileptoïdie. La caractérologie n° 17, 79-89, P.U.F, 1973.

    B. Auriol Les États dépressifs et leur traitement par l’Oreille Électronique de Tomatis. Colloque de Bayonne, AFAPP, Octobre 1978.

    B. Auriol L’action de la méthode A.P.P. sur les états dépressifs (à propos de 40 cas). Annales de Sophrologie Médicale, 19-20, 129-133, 1978.

    B. Auriol Introduction aux méthodes de relaxation, techniques et orientations tendant à faciliter la détente et la disposition de soi. Privat, 1979.


    B. Auriol Mézièrisme et Psychothérapie, Congrès de l’AMIK, Nantes 1979. Cahiers de l’Amik, 7, 14, 22-35, Février 1984.

    B. Auriol Pour une approche multifocale en thérapie, Psychologie Médicale, 17, 6, 809-813, 1985.

    E. Deneys Etude des effets de la musique sur la personnalité à travers 1’audio-psycho-phonologie. Maîtrise de Psychologie, Toulouse Juin 1986.

    E. Derrien Approche d’une prise en charge des phénomènes épileptiques par l’oreille électronique. Rev. Int. d1Audio-Psycho-Phonologie, 8,42-55, 1975.

    D. Feldman Introduction à 1’Acousticothérapie.
    P. Gardey Edité par l’Association Française d’Audio

    J. Raynaud Psycho-Phonologie. Pau 1985.

    S. Freud Dostoïevski et le parricide, trad. fse. J.B. Pontalis in « Résultats, Idées, Problèmes », II, 160-179, P.U.F. 1985.

    A. Le Gall Le redressement de certaines déficiences psychologiques et psychopédagogiques par l’appareil à effet Tomatis, Secrap, 1961.

    L. Goulinet Étude sur les modifications de la Personnalité par le programme de Méditation Transcendantale et de M, T – Siddhis, Thèse de Médecine, Dijon, Juin 1981,

    A. Tomatis Éducation et Dyslexie, E.S.F. 1971.

    A. Tomatis La libération d’Oedipe, E,S.F. 1972.