Pôle international de recherche en musicothérapie

Catégorie : psychiatrie

  • Musique : un remède à l’époque ottomane

    Tiré de l’article original disponible en anglais et en cliquant ici

    Dans l’hôpital historique (darüşşifa) du complexe social du sultan Beyazid II à Edirne, de la fin du XVe au XIXe siècle, différentes thérapies alternatives étaient appliquées : thérapie par l’eau, les odeurs… et surtout musique.

    Selon Yener Yörük, président de l’Université de Trakya, cet hôpital accueillait aussi bien des patients mentaux que physiques. L’explorateur et chroniqueur Evliya Çelebi, dans son Seyahatname, décrit précisément le personnel, les salaires, mais surtout, quels makams (modes musicaux ottomans) étaient jugés bénéfiques pour certains maux.

    En guise d’hommage à cette tradition, des concerts sont aujourd’hui diffusés au musée de la santé, créé en 1993 au sein de l’hôpital : 19 concerts déjà organisés, le 20ᵉ à venir.

    Selon les sources, l’hôpital faisait intervenir trois chanteurs et divers instrumentistes (ney, violon, santur, flûte miskal, çeng – harpe ottomane –, luth), ainsi qu’une danseuse, trois jours par semaine pour apaiser les patients mentaux et physiques. Certains makams tels que Neva, Rast, Dügah, Segah, Çargah, Suzinak étaient recommandés pour les troubles mentaux, tandis que Zengüle, Buselik et Rast étaient considérés bénéfiques pour tous les malades. Tous ces instruments et modes étaient réputés bons pour l’âme humaine.

    Certains makams étaient associés à des pathologies spécifiques :

    • Rast pour les convulsions et paralysies,

    • Zirefkend pour les douleurs dorsales,

    • Zengüle pour les maladies cardiaques,

    • Rehavi pour les maux de tête,

    • Hicaz pour les troubles urologiques,

    • Uşşak pour la malaria

    La section consacrée à la musicothérapie du musée reconstitue ces pratiques grâce à des maquettes et des explications détaillées.


    Contexte historique et médical

    L’article s’inscrit aussi dans un cadre plus large : les hôpitaux ottomans — bimaristan, darüşşifa — s’inscrivaient dans une approche holistique, traitant à la fois le corps et l’esprit. La musique, en particulier, était considérée comme capable d’influencer l’état mental du patient. Wikipédia Daily Sabah

    D’un point de vue islamo-médical, ces pratiques s’inscrivaient dans une continuité de soins traditionnels : on pensait que la musique, science en partie dérivée des mathématiques, pouvait aider à rétablir l’équilibre psychologique. Des hôpitaux comme celui d’Alep ou celui de Sultan Bayezid II à Edirne utilisaient musique, eau et même chants d’oiseaux pour soigner.


  • [Espagnol] ASAMBLEA PARA LA REFLEXIÓN DEL AISLAMIENTO COMPARTIDO [Conférence vidéo]

    Sábado 13 de Noviembre de 10 a 13hs
    (hr Argentina)
    samedi 13 novembre 10h-13h heure Argentine

    lien : https://meet.google.com/tnw-ujsy-hie

    Disertantes:
    Prof. Dr. Rolando Benenzon (Arg) « El Arca de Noé hacia Itaka »
    Lic. Gabriela Wagner (Arg) « Interacción virtual musicoterapeutica en tiempos de pandemia: Atención y formación »
    Lic. Magister Luisiana Passarini (Brasil) « Reflexionando sobre la salud mental de niños y adolescentes »
    Lic. Luis Herrera Hormazabal (Chile) « Covid: Desde el aislamiento a la inclusión social a través de la Terapia Benenzon »
    Lic. Narumi Aranda (Venezuela) « Del silencio compartido a la pasión en la Terapia Benenzon »
    Lic. David Buedo Salas (España) « Comunicando el Aislamiento »
  • Le caoching musical dans la psychothérapie de groupe par Asma El Majed

    Le coaching musical dans la psychothérapie du groupe, un article qui met en exergue la fonction de la musique dans les thérapies brèves à travers plusieurs approches comportementales, analytiques et sémiologiques.

    Pour consulter l’article, veuillez cliquer sur l’image ci-contre.

     

  • [Anglais] Feasibility and acceptability of group music therapy vs wait-list control for treatment of patients with long-term depression (the SYNCHRONY trial): study protocol for a randomised controlled trial

    Background: Depression is of significant global concern. Despite a range of effective treatment options it is estimated that around one in five diagnosed with an acute depressive episode continue to experience enduring symptoms for more than 2 years. There is evidence for effectiveness of individual music therapy for depression. However, no … Lire plus
  • VIENT DE PARAÎTRE : Micheline Weinstein / Petit glossaire des concepts freudiens appliqués à la clinique selon François Perrier

    Les fonctions de méconnaissance du sujetVIENT DE PARAÎTRE MW

    S’agit-il d’être confondu ou d’être reconnu lorsqu’on s’adresse à un psychanalyste ou à la psychanalyse ? Il est aujourd’hui difficile de répondre.
    Chez tous ceux qui interrogent la découverte freudienne se mêlent un désir de maîtrise qui est une forme de méconnaissance de l’analyse*, et une vague aspiration plus ou moins angoissée à ce quelque chose qui viendrait pour chacun confondre sa bonne conscience ou son système de méconnaissance.
    […]
    … il existe une démarche épistémophilique, celle du pervers en particulier, qui, parce qu’elle est une forme de savoir scientifique ou de démarche scientifique, est aussi une méconnaissance ou un rejet * d’un certain registre ou d’une certaine ouverture à quelque chose qui est une forme de non savoir. Ainsi le savoir, en tant qu’alibi du non-savoir, est également une des formes à mettre en place pour établir l’économie même de l’ouverture de l’homme à sa propre vérité.
    […]
    Freud néanmoins, à partir de son désir originel de répondre à ce qui n’était pas entendu jusqu’alors par les autres, parce qu’ils ne savaient pas déchiffrer la demande des névrosés, a été amené à faire l’inventaire progressif de toutes les fonctions de méconnaissances du sujet postulant à un savoir. C’est ainsi qu’il a découvert la résistance, mais aussi le transfert, le refoulement, la dénégation dans sa fonction même, le rejet et le désaveu. Ces termes qui s’expriment en
    allemand à partir du préfixe ver, Verdrängung, Verneinung, Verwerfung, Verleugnung, doivent être mis en avant dès qu’on parle de transmission d’un savoir.

    François Perrier

    * Je souligne

    Disponible à l’achat ici

  • Parution de la revue Musique – Thérapie – Communication n°65

    ÉDITORIAL Musique – Thérapie – Communication n°65couverture mtc 65

    Dans ce numéro 65, nous proposons trois textes de trois auteurs aux origines différentes mais qui ont un lien commun : le souci d’aider au mieux les sujets auxquels ils s’adressent, ce qui entraîne beaucoup d’interrogations.

    Ainsi, Jean-François Paillard, infirmier en hôpital psychiatrique, présente dans « Entre les lignes », la mise en place de la musicothérapie en santé mentale avec tous les questionnements que cela peut provoquer

    • Le projet a-t’il été bien exposé ?

    • Le choix des patients est-il judicieux ?

    • Le choix des propositions était-il pertinent ?

    • S’est-on plus préoccupé de la performance que de la créativité ?

    • Comment élaborer une grille d’évaluation ?

    …

    Sylvie Labbé, aide-soignante dans un service d’addictologie et d’endocrinologie expose les différents moments de la création d’un atelier à médiation dans « Je, tu, il, nous com’en sons ». À la lecture de ce texte, nous constatons qu’elle a eu à tenter de résoudre de multiples questions toujours liées au mieux-être des patients.

    Dans le troisième article, « La passion de l’être à l’épreuve du regard et du silence », Roland Vallée nous demande avec insistance de penser à signifier à l’autre qu’il existe, à part entière, ce n’est pas seulement un quidam que l’on évalue…

    Il se trouve que dans le numéro 5 de Musique-Thérapie-Communication… de juin 1989… un article, « Musicothérapie, passage à vivre » posait quelques questions de ce type :

    Quel est le rapport entre l’espace sonore et l’intensité de la rencontre ?

    Suis-je capable d’être à l’écoute du rythme de l’autre ?

    Quelle est ma réaction à une passivité apparente ? Attente, « forcing », abandon ?

    …

    Cet article était signé Roland Vallée !

    En couverture, un œuf de mésange, de mésange bleue, pour être précis. Différentes espèces viennent très près des habitations bordées d’arbres. C’est un symbole de sociabilité et de spontanéité dit-on… Je ne m’avancerai pas trop sur ce terrain car il me semble que le rouge-gorge qui ose parfois s’aventurer, se fait vertement rabrouer… Il y a toujours une chose que nous apprécions (et pas seulement venant de la mésange) c’est le chant des oiseaux qui nous surprend bien souvent. Je pensais donc à ça lorsque je me suis dit que bien entendu les oiseaux ne « font pas de musique » (pas plus que les baleines ou mes chattes) mais… je peux entendre le chant des oiseaux (ou des baleines)… donc je dois pouvoir avancer que l’auditeur est, d’une certaine façon, créateur de l’œuvre… Et même, parfois, quand on met un morceau de musique (d’après le compositeur et nous) contemporaine ou extra européenne ou… un auditeur peut très bien nous dire « ce n’est pas de la musique ».

    Bien entendu ce questionnement n’est pas nouveau (mais… pour certains musicothérapeutes il peut être bon de le rappeler…) il est évident que quand Eric Satie a introduit des sons extérieurs à l’orchestre (« Parade ») il a pas mal fait bouger les choses. Intéressantes aussi les utilisations des fréquences, nous avions parlé déjà des protéodies (M-T-C n°59), Jean Thoby maintenant passe de l’autre côté puisqu’il « écoute » la musique des plantes… Autre chose encore : « une fleur a été exposée à deux fréquences, l’une de 35 Hz celle du vol des chauves-souris, l’autre de 1 Hz celle du vrombissement du bourdon. C’est seulement en entendant la fréquence du pollinisateur que la plante a augmenté sa production de pollen ! (Sciences et avenir – Les fleurs ont l’oreille fine » juin 2019.)

    Il me semble important de se documenter sur tous ces travaux qui présentent un grand intérêt et, en même temps, de bien resituer notre action en musicothérapie… qui est, avant toute chose, du domaine relationnel.

    G.D.

    Achat disponible en cliquant ici (en bas de page)

  • Vient de paraitre / Musicothérapie entre psychanalyse, neurosciences et clinique / Dr Joël Lereuil

    Cet ouvrage n’est pas un livre d’enseignement théorique sur la musicothérapie. Il objective la pratique à travers quelques observations, du cheminement déclenché par la prise en charge d’enfants autistes, conduisant à la redécouverte du travail sur l’analogique. L’atelier de Musicothérapie créé dans le service, naît secondairement de cette expérience, et me fait rencontrer après une clinique concernant la psychiatrie adulte publique, les SDF en ville, la Pédopsychiatrie en IME et SESSAD… Patrick Berthelon, Musicothérapeute certifié de l’Atelier de Musicothérapie de Bordeaux. Plus qu’une offre d’emploi, c’est une rencontre cruciale qui m’a permis de travailler sur les apports théoriques et concrets de la musicothérapie. Aventure très riche dans ma carrière qui m’a fait croiser les maîtres les plus grands, face auxquels je ne suis ici que l’humble transcripteur. Tout étudiant de l’AMB ou autres institutions, découvrira ainsi la traduction très partielle d’une expérience de Praticien Hospitalier rompu à 35 années de Pratique, voyant la nomenclature de l’Autisme disparaître…, au profit de TED (troubles envahissants du développement)…, pour TSA (troubles du spectre autistique)… Toutes les théories peuvent et doivent s’harmoniser au sens de la clinique, qui, certes évolue, mais fait toujours ressurgir les affres de l’Inconscient et d’une conscience altérée, affres traduites par la psychopathologie et la souffrance humaine. Le lecteur cheminera sur ces quelques pistes en évitant les avalanches de communications.

    Joël LEREUIL,

    Psychiatre, Praticien Hospitalier
    Musicothérapeute CH la Chartreuse DIJON

    ISBN : 979-10-93532-24-0
    234 pages – 18€

    Liste des différentes conférences

    Préface par Gérard Ducourneau

    « Quelles frontières dans l’autisme ? »

    « Fabien un traitable autiste »

    Intermède

    « Crise de somnambulisme chez une patiente de 9 ans 5 mois en enregistrement pour épilepsie morphéique »

    « Pratique en HDJ en pédopsychiatrie suivie d’une expérience en psychiatrie adulte »

    « Les suicidé(e)s de la rue »

    « Renaissance d’un langage »

    « Sénescence et musicothérapie, halte héritée… »

    « Pour des orientations bénéfiques en musicothérapie »

    « Musicothérapie et pathologie de l’attachement »

    « La portée du sonore dans l’évolution du sujet humain »

    « Musicothérapie et identité sonore »

    « Musicothérapie et maladie d’Alzheimer »

    « Musicothérapie et natalité petite enfance

    Épilogue

    plus d’infos ici

  • Projet musique en milieu psychiatrique : Compil Labo Sonore Mercury Vol 1

    Raphaël Bresler et Vincent Defresne, infirmiers psychiatriques à Tournai en Belgique, animent depuis plusieurs années, des activités musicales en milieu psychiatrique (écoute musicale, massage sonore). Ils ont notamment créé un studio d’enregistrement dédié au patients de leur unité. Ce petit studio de musique est un espace d’expression libre s’intéressant plus au potentiel créatif plutôt qu’à la symptomatologie que présente les patients.

    Cet atelier a permis la réalisation d’une compilation Compil Labo Sonore Mercury VOL 1 

    atelier sonore tournay belgique

    Des morceaux éclectiques (écrits et chantés par les pensionnaires des Tamaris), arrangés et accompagnés de musique du monde, jouée par les deux infirmiers musiciens voire par les patients eux-mêmes. Un magnifique projet qui a séduit puisque le Labo Sonore Mercury a reçu, parmi 20 projets en course, le Prix du Jury des Reintegration Awards.

    Vous pouvez vous faire une idée en vous rendant sur leur page Soundcloud (plateforme de créations sonores).

    Nous vous proposons ci-dessous d’écouter une de leur production.

    Pour plus d’informations sur le projet ou vous procurer la compilation, veuillez prendre contact avec raphaelbresler[at]gmail.com (n’oubliez pas de remplacer [at] par @, précaution anti-spam)

     

  • « De la vie jusqu’au dernier souffle » Émilie Tromeur

    La place du musicothérapeute dans l’accompagnement en soins palliatifs de la personne âgée atteinte de démence de type Alzheimer

    Émilie Tromeur, issue d’une formation classique de saxophoniste et d’une formation d’animatrice spécialisée dans le handicap, formée à la musicothérapie (Université Paul Valéry de Montpellier) a créé l’association « L’Ame Uzik » au sein de laquelle elle intervient. Ayant obtenu un master d’Art-thérapie (Sorbonne Paris-Cité) elle intervient dans plusieurs établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et d’une unité spécifique Alzheimer.

    La prise en charge en fin de vie peut s’avérer très difficile car elle est chargée de toutes sortes d’émotions. En institution gériatrique, le maître-mot est souvent celui de « non-acharnement ». Il sous entend un accompagnement majoritairement non médicamenteux et ayant pour objets principaux la gestion de la douleur et de l’anxiété. Chaque membre du personnel des institutions joue un rôle dans les derniers jours de la vie des malades. La musicothérapie étant une médiation thérapeutique non médicamenteuse prend tout son sens dans ce genre d’accompagnement.

    Dans cet ouvrage Émilie Tromeur décrit avec précision les termes (démence de type Alzheimer, soins palliatifs, douleur, anxiété, etc.) décrit trois études de cas et présente les possibilités d’intervention à partir de techniques de musicothérapie.

    Sommaire :

    • Ière PARTIE
    • Remerciements
    • Introduction
    • CHAPITRE 1. Démence de type Alzheimer, Soins palliatifs et Musicothérapie
    • 1.1 La démence de type Alzheimer
    • 1.2 Les soins palliatifs
    • 1.3 La musicothérapie
    • CHAPITRE 2. La musicothérapie appliquée en structures gériatriques
    • 2.1 Qu’est-ce qu’un EHPAD ?
    • 2.2 La mise en place de la musicothérapie
    • 2.3 La place du musicothérapeute
    • 2.4 Les fonctions du musicothérapeute
    • 2.5 La musicothérapie au service de soins palliatifs
    • CHAPITRE 3. De la théorie à la clinique, Trois études de cas
    • 3.4 Les limites des prises en charge en musicothérapie
    • CHAPITRE 4. Réflexions éthiques et déontologiques
    • 4.1 Les patients
    • 4.2 Les familles
    • 4.3 L’équipe soignante
    • 4.4 L’institution, Conclusion, Bibliographie
    • 2ème PARTIE
    • CHAPITRE 1. Les deux plans Alzheimer, Plan maladie d’Alzheimer et maladies apparentées 2004-2007, Plan « Alzheimer et maladies apparentées » 2008-2012, Le plan Alzheimer 2008-2012 a été prolongé jusqu’en 2015
    • CHAPITRE 2. Tableau récapitulatif des signes cliniques des trois stades de la démence de type Alzheimer,
    • CHAPITRE 3. Les soins palliatifs dans le monde
    • CHAPITRE 4. Quelques textes, Circulaire du 26 août 1986, Charte du patient hospitalisé, Charte des droits et libertés de la personne âgée, Guide des bonnes pratiques, Loi Leonetti, Programme Soins Palliatifs : 2008-2012, Quelques conseils dans la relation, Recommandation ANESM (Fin de vie), Recommandation ANESM (Bientraitance), Recommandation ANESM (Questionnement éthique), Échelles d’évaluation de la douleur chez la personne âgée, Schéma des règles à respecter, Les rites religieux
    • CHAPITRE 5. Le bilan psychomusical.
    • CHAPITRE 6. À propos de musicothérapie, Exemples de directions de travail en musicothérapie active, Exemples de techniques de musicothérapie réceptive, La bande en U, Instrumentarium
    • Index thématique
    • Index des noms.

    162 pages, 15×21, 16€

    ISBN: 978-2-906274-96-9

    Non Verbal/A.M.Bx

  • vidéo + transcription française de Robert Gupta: Entre Musique et Médecine

     

     Source : Ted.com

    (Musique 2 mn 40s) (Applaudissements)

    Merci beaucoup. (Applaudissements) Merci. C’est un vrai privilège d’être ici.

    Il y a quelques semaines, j’ai vu une vidéo sur YouTube d’une membre du Congrès, Gabrielle Giffords dans ses premiers pas vers la guérison après avoir reçu une de ces terribles balles. La balle est entrée par son hémisphère gauche, et a assommé son aire de Broca, le centre du langage du cerveau. Et dans cette session, Gabby travaille avec une orthophoniste, et elle a du mal à prononcer certains des mots les plus simples et vous pouvez la voir de plus en plus bouleversée, jusqu’à ce qu’elle finisse par éclater en sanglots, et elle commence à pleurer sans dire un mot dans les bras de son thérapeute. Et après quelques instants, son orthophoniste tente une nouvelle approche, et ils commencent à chanter ensemble, et Gabby commence à chanter avec les larmes aux yeux, et vous pouvez l’entendre clairement articuler les paroles d’une chanson qui décrit comment elle se sent, et elle chante, dans une gamme descendante, elle chante, « Let it shine, let it shine, let it shine. » Et c’est un rappel très puissant et émouvant de combien la beauté de la musique est capable de parler là où les mots n’y parviennent pas, dans ce cas littéralement, à parler.

    Cette vidéo de Gabby Giffords m’a rappelé les travaux du Dr Gottfried Schlaug, un des éminents neuroscientifiques qui étudie la musique et le cerveau à Harvard, et Schlaug est le promoteur d’une thérapie appelée Thérapie d’Intonation Mélodique, qui est devenue très populaire en musicothérapie. Schlaug a constaté que ses victimes d’accident vasculaire cérébral qui étaient aphasiques, n’arrivaient pas à former des phrases de trois ou quatre mots, mais qu’ils étaient encore capables de chanter les paroles d’une chanson, que ce soit « Joyeux Anniversaire » ou leur chanson préférée des Eagles ou des Rolling Stones. Et après 70 heures de cours de chant intensifs, il a conclu que la musique était capable de littéralement recâbler le cerveau de ses patients et de créer un centre du langage homologue dans leur hémisphère droit pour compenser les lésions de l’hémisphère gauche.

    Quand j’avais 17 ans, j’ai visité le laboratoire du Dr Schlaug et en un après-midi il m’a fait découvrir quelques-unes des principales recherches sur la musique et le cerveau – comment les musiciens avaient une structure du cerveau fondamentalement différente de celle des non-musiciens, comment la musique et écouter de la musique, pouvaient activer le cerveau entier, depuis notre cortex préfrontal jusqu’au cervelet, comment la musique devenait une modalité neuropsychiatrique pour aider les enfants atteints d’autisme, pour aider les gens qui se battent contre le stress, l’anxiété et la dépression, comment les patients parkinsoniens trouvaient que leurs tremblements et leur démarche se stabilisaient profondément quand ils écoutaient de la musique, et comment les patients atteints d’Alzheimer avancé, dont la démence avait tellement progressé qu’ils ne pouvaient plus reconnaître leur famille, étaient encore capables de reconnaître un morceau de Chopin joué au piano qu’ils avaient appris quand ils étaient enfants.

    Mais j’avais une arrière-pensée en rendant visite à Gottfried Schlaug, et la voici : j’étais à un carrefour dans ma vie, j’essayais de choisir entre la musique et la médecine. Je venais tout juste de terminer mon premier cycle universitaire, et je travaillais comme assistant de recherche au laboratoire de Dennis Selkoe, à étudier la maladie de Parkinson à Harvard, et j’étais tombé amoureux des neurosciences. Je voulais devenir chirurgien. Je voulais devenir médecin comme Paul Farmer ou Rick Hodes le genre d’homme courageux qui se rend dans des endroits comme Haïti ou l’Éthiopie et travaille avec les malades du SIDA qui souffrent de tuberculose multirésistante ou avec des enfants atteints de cancers qui les défigurent. Je voulais devenir ce genre de médecin de la Croix-Rouge, ce médecin sans frontières. D’un autre côté, j’avais joué du violon toute ma vie.

    Pour moi la musique était plus qu’une passion. C’était une obsession. C’était mon oxygène. J’ai eu la chance d’étudier à la Juilliard School de Manhattan et d’avoir joué à mes débuts avec Zubin Mehta et l’Orchestre philharmonique israélien à Tel Aviv, et il s’est avéré que Gottfried Schlaug avait étudié comme organiste au Conservatoire de Vienne, mais avait renoncé à son amour pour la musique pour poursuivre une carrière dans la médecine. Et cet après-midi-là, il fallait que je lui demande, « Ça s’est passé comment pour vous, de prendre cette décision? »

    Et il a dit qu’il souhaitait encore quelques fois revenir en arrière et jouer de l’orgue comme avant, et que pour moi, la faculté de médecine pouvait attendre, mais que le violon ne le ferait tout simplement pas. Et après deux ans d’études musicales, j’ai décidé de tenter l’impossible avant de me présenter au MCAT et de m’inscrire en faculté de médecine comme un bon fils indien pour devenir le prochain Dr Gupta. (Rires) Et j’ai décidé de tenter l’impossible, et je me suis présenté à une audition pour rejoindre le célèbre orchestre philharmonique de Los Angeles. C’était ma première audition et après avoir joué pendant trois jours derrière un écran durant une semaine d’essai, on m’a offert le poste. Et c’était un rêve. C’était un rêve fou de jouer dans un orchestre, de jouer dans l’emblématique salle de concert Walt Disney dans un orchestre dirigé désormais par le célèbre Gustavo Dudamel,mais bien plus encore pour moi, d’être entouré de musiciens et de mentors qui sont devenus ma nouvelle famille, mon nouveau foyer musical.

    Mais un an plus tard, j’ai rencontré un autre musicien, qui avait également étudié à Juilliard, quelqu’un qui m’a profondément aidé à trouver ma voix et qui a forgé mon identité de musicien. Nathaniel Ayers était contrebassiste à l’école Juilliard, mais il avait subi une série d’épisodes psychotiques quand il avait un peu plus de 20 ans, il avait reçu un traitement à base de chlorpromazine à Bellevue, et avait fini par devenir sans-abri errant dans les rues de Skid Row dans le centre-ville de Los Angeles 30 ans plus tard. L’histoire de Nathaniel est devenue une balise de la plaidoirie des sans-logis et de la santé mentale partout aux États-Unis, à travers le livre et le film « Le Soliste » mais je suis devenu son ami, et je suis devenu son professeur de violon, et je lui ai dit que où qu’il ait son violon, et partout où j’avais le mien, je jouerais une leçon avec lui.

    Et sur le nombre de fois où j’ai vu Nathaniel sur Skid Row, j’ai pu voir comment la musique pouvait le ramener à la vie en le tirant de ses moments les plus sombres, de ce qui me semblait, de mon œil non-averti, être les débuts d’un épisode de schizophrénie. En jouant pour Nathaniel, la musique a pris une signification plus profonde, parce que c’était maintenant une question de communication, une communication où les mots avaient échoué, une communication d’un message qui allait plus loin que les mots, qui atteignait un niveau fondamentalement primal dans la psyché de Nathaniel, mais que j’ai tout de même perçu comme une véritable offrande musicale. Je me suis trouvé à être outré que quelqu’uncomme Nathaniel ait jamais pu être sans-abri sur Skid Row en raison de sa maladie mentale, mais combien de dizaines de milliers d’autres personnes y avait-il là-bas rien qu’à Skid Row qui avaient des histoires aussi tragiques que la sienne, mais n’auraient jamais un livre ou un film à leur sujet qui leur permettaient de ne plus être à la rue ? Et au cœur même de cette crise qui me tourmentait, je sentais en quelque sorte que la vie de la musique m’avait choisi, où d’une certaine manière, peut-être d’une manière tout à fait naïve, j’ai ressenti que ce dont Skid Row avait vraiment besoin, c’était de quelqu’un comme Paul Farmer et pas d’un musicien classique de plus jouant sur Bunker Hill.

    Mais en fin de compte, c’est Nathaniel qui m’a montré que si je me passionnais vraiment pour le changement, si je voulais faire la différence, j’avais déjà l’instrument idéal pour le faire, que la musique était le pont qui reliait mon monde et le sien.

    Il y a une belle citation du compositeur romantique allemand Robert Schumann, qui a dit : « Le devoir de l’artiste est d’envoyer la lumière dans l’obscurité du coeur de l’homme. » Et il s’agit d’une citation particulièrement poignante car Schumann lui-même souffrait de schizophrénie et est mort dans un asile. Et inspiré par ce que j’ai appris de Nathaniel, j’ai lancé une association de musiciens sur Skid Row appelée Street Symphony, qui appporte la lumière de la musique dans les endroits les plus sombres, en jouant pour les sans-abri et les malades mentaux dans des foyers et des hôpitaux sur Skid Row, en jouant pour les anciens combattants souffrant de troubles de stress post-traumatique, et pour les détenuset ceux qu’on considère comme des fous criminels.

    Après l’une de nos représentations à l’hôpital d’état de Patton à San Bernardino, une femme s’est approchée de nous et elle avait des larmes qui ruisselaient sur son visage, et elle souffrait d’une paralysie, elle tremblait, et elle avait ce sourire magnifique, et elle a dit qu’elle n’avait jamais entendu de musique classique auparavant, elle ne pensait pas qu’elle aimerait ça, elle n’avait jamais entendu un violon avant, mais que cette musique était comme le soleil, et que personne ne venait jamais leur rendre visite, et que, pour la première fois en six ans, lorsqu’elle nous a entendu jouer, elle a cessé de trembler sans médicament.

    Tout à coup, ce que nous constatons avec ces concerts, loin de la scène, loin des feux de la rampe, sans porter de smoking, c’est que les musiciens deviennent le véhicule qui apporte les énormes avantages thérapeutiques de la musique sur le cerveau à un public qui n’aurait jamais eu accès à cette salle, n’aurait jamais eu accès au genre de musique que nous faisons. Tout comme la médecine sert à guérir plus que les éléments constitutifs du corps seul, la puissance et la beauté de la musique transcende le « E » au milieu de notre bien-aimé acronyme. La musique transcende la beauté esthétique seule. La synchronie des émotions que nous éprouvons quand nous entendons un opéra de Wagner, ou une symphonie de Brahms, ou de la musique de chambre de Beethoven, nous oblige à nous rappeler de notre humanité commune et partagée, la conscience commune qui nous connecte, la conscience empathique dont le neuropsychiatre Iain McGilchrist dit qu’elle est câblée dans notre hémisphère droit du cerveau. Et pour ceux qui vivent dans les conditions les plus déshumanisantes de la maladie mentale en étant sans-abris et en prison, la musique et la beauté de la musique leur offrent une chance de transcender le monde qui les entoure, pour se rappeler qu’ils ont encore la capacité d’accéder à quelque chose de beau et que l’humanité ne les a pas oubliés. Et l’étincelle de cette beauté, l’étincelle de cette humanité se transforme en espoir, et nous le savons, que nous choisissions la voie de la musique ou de la médecine, c’est la première chose que nous devons insuffler au sein de nos communautés, au sein de notre public, si nous voulons inspirer la guérison de l’intérieur.

    Je voudrais terminer par une citation de John Keats, le poète romantique anglais, une citation très célèbre que vous connaissez, j’en suis sûr. Keats lui-même avait également renoncé à une carrière en médecine pour poursuivre la poésie, mais il est mort quand il avait un an de plus que moi. Et Keats a dit : « La beauté est vérité, la vérité beauté. C’est tout ce que vous savez sur terre. Et c’est tout ce qu’il nous faut savoir ! » (Musique)(Applaudissements)