La musicothérapie a-t-elle sa place et son utilité en école de musique ?
par Corinne FAGGIANI
JUIN 2019
Supplément du n° 65
8€
Pôle international de recherche en musicothérapie
2 groupes de 4 jeunes sur 5 séances de 1h (les prénoms des personnes citées ont été modifiés)
1 / Mehdi, Wassim, Imran, Martin
2 / Massamba, Hischam, Sylvain, Majid
SÉANCE 1 / Jeudi / 9h-11h
L’atelier se déroule dans la salle d’animation de la prison en présence d’une enseignante.

Je commence par me présenter, à parler de mon métier de musicien et de musicothérapeute, le washboard son histoire et son origine, la formation de musicothérapie et l’idée de la création du Phanophone (PH2)
Démonstration des différents instruments du PH2.
Écoute musicale d’un extrait de morceau de jazz avec washboard dans le but de leur faire découvrir mon univers musical et l’utilisation du wash avec d’autres instruments. L’introduction au piano fait penser à quelque chose de triste pour l’un des jeunes. Un autre dit que c’est la musique qu’on passe dans les bars américains
Présentation de la finalité des 5 séances : enregistrer un petit morceau de 2 minutes dont la base sera du texte parlé ou slamé que les jeunes auront inventé. Sylvain qui vient d’arriver dans les lieux se porte immédiatement volontaire et demande sur quel thème il faut écrire. Pas de consigne particulière
L’ordre de l’enregistrement sera le suivant : la voix puis l’habillage sonore avec les différents instruments de la table puis des sons provenant de la tablette avec l’application Garage Band
Les jeunes sont ensuite invités à s’emparer des baguettes et autres dés à coudre pour essayer à leur tours les différents instruments du PH 2 : washboard 1, 2, balafon, bongos, sanza « c’est comme dans Kirikou » dit un jeune avec un sourire un peu gêné par le fait de prendre comme référence un dessin animé pour enfant !
Le rythme s’installe rapidement, chaque jeune se lance dans quelques improvisations, des premières interactions musicales commencent entre eux et moi. Comme la consigne a été donnée, ils changent d’instruments afin de tout essayer.
Présentation de l’application Garage Band et de ses différentes possibilités.
Je fais la demande ensuite à chacun de proposer un morceau qu’il aime bien afin de le faire écouter aux autres pour les prochaines séances dans le but de partager ses goûts avec les autres et aussi de s’en servir, pourquoi pas, comme base de travail pour l’élaboration du morceau à créer ultérieurement .
Régulation avec le directeur pédagogique et l’enseignante à la fin des deux ateliers :
Le directeur a remarqué que les jeunes ont fait preuve de concentration et que des échanges entre eux ont pu être facilités par le biais de la pratique instrumentale. Il n’y a pas eu de débordement au niveau discipline et ils ont tous participé jusqu’à la fin.
SEANCE 2 / Vendredi / 9-11h
Les groupes ont été inversés à la demande des surveillants par rapport aux promenades dans la cour.
La séance se déroule avec l’enseignante de Français, Edith qui a déjà fait travailler les jeunes en atelier écriture. Nous décidons donc de partir sur des textes existants (thématique : le bonheur et la vie) pour faire, en fin de séance, des essais d’enregistrement de leur voix afin qu’ils puissent se faire un première idée du son de leur voix enregistrée !
Début de séance :
Échauffement rythmique pour permettre une première synchronisation groupale.
Assis en face des jeunes, je propose en guise d’échauffement rythmique pour le groupe de faire un rythme avec les mains puis on ajoute les pieds et les jeunes sont invités à répéter.
Ce petit exercice permet de se connecter avec les autres et de se « réveiller » un peu en terme de lien entre la tête et le corps.
Rapidement, Mehdi sort du rythme commun et fait une impro, suivi par Imran
Une petite coccinelle s’est invitée dans la salle d’activité….
Deux jeunes dans le premier groupe s’emparent de la guitare et nous montrent brièvement ce qu’ils savent jouer.
Puis, je propose un jeu, et j’explique que dans la structure d’un morceau, il y a un début, le milieu et une fin. Raconter une histoire, un moment précis, etc….
Je fais une proposition, un morceau entier pour montrer une idée d’interprétation.
Chaque jeune est ensuite invité à passer individuellement à la table pour faire une proposition. Si certains ont du mal à trouver l’inspiration, d’autres sont très vite à l’aise et développent un long moment de musique. Chacun se prête au jeu et franchit le pas de s’exposer aux autres en jouant de cet instrument très spécial.
Je propose ensuite un moment d’improvisation en duo, face à face. Un moment privilégié pour le jeune dans la mesure où avec l’assise rythmique proposée, celui-ci n’a plus qu’à s’installer dans la musique et à suivre les propositions, en sécurité dans le propos musical, un dialogue s’installe tranquillement dans lequel ni le contenu, ni le débit n’ont d’importance.
La séance se termine avec l’enregistrement de la voix sur des phrases qu’ils ont inventées en atelier écriture puis l’écoute tout de suite après de ce que cela donne
Cette brève expérience est un moment très détendu, avec des sourires et des rires quand il s’agit de se prêter au jeu de réciter la même phrase trois fois de suite en y changeant le ton, le rythme ou l’humeur ! Tout le monde se retrouve autour de la table et une discussion s’installe. Certains réagissent aux phrases énoncées car elles résonnent en eux sur la situation dans laquelle ils se trouvent et les causes de leur séjour ici, de la date d’un jugement, du nombre de jours de détention à faire… La réalité a repris ses droits.
En fin de séance au moment de nous dire au revoir, dans une ambiance détendue et positive que l’instant de musique partagé ensemble avait provoqué, je me garde bien de leur souhaiter « bon week-end » ! Ils sont retournés en cellule tandis que je découvrais, quelques portes et couloirs plus tard qu’il faisait bien beau aujourd’hui. Une douce mélodie d’oiseaux est venue titiller mes oreilles, j’ai apprécié cet instant avec particularité !
Note : dans mon travail de recherche sur la création du morceau et de son habillage sonore via l’application Garage Band, le fait de connaître un peu plus ces jeunes (2 séances) me permet de tenter de personnaliser, un tant soit peu, la musique en fonction du ressenti que j’ai commencé à percevoir.
La notion d’enveloppe sonore fondé sur la « bienveillance » est une démarche naturelle et fait partie intégrante de cette expérience auprès de ces jeunes en détention, et de toutes les personnes que je vais croiser dans ce contexte. En pensant à Massamba, originaire d’Afrique noire, la présence dans le morceau du son de Tam-tam est envisageable, comme celle de la darbuka pour Imran et ses origines nord africaines.
Ceci dans le but de rassurer, d’apaiser ? …
SÉANCE 3 / Lundi / 13-15h
Deux jours sont passés et la sélection des morceaux choisis par les jeunes est téléchargée sur la tablette.
La matinée aura été consacrée, avec la prof de français, à écrire et sélectionner les phrases qui vont être ensuite enregistrées, le thème est : La Vie
Écoute musicale de 2 titres et discussion autour du ressenti
Échauffement rythmique… jeu du relais
Écoute de la structure de base du morceau pour commencer à familiariser les jeunes sur les morceaux qui seront enregistrés avec les instruments du Phanophone et les voix de chacun
Les choix de l’instrument que chacun va jouer pour l’enregistrement
SÉANCE 4 / Mardi / 9-11h
La séance commence une nouvelle fois par l’écoute musicale de 2 titres
La suite est un échange, une discussion sur ce qui vient de s’écouter.
Échauffement rythmique du groupe sans aucune autre consigne que celle de jouer ensemble et de se faire plaisir, tout en essayant de créer des passerelles autour du rythme. Ce moment appartient aux jeunes qui ont maintenant choisi leur place, leur instrument autour du Phanophone. Séance d’improvisation spontanée….
Je décide alors de leur proposer de faire des essais d’enregistrement avec une écoute immédiate. Cette information a le mérite de concentrer certains.
À la première écoute, le résultat est cacophonique ! Ils jouent fort et ne s’écoutent pas beaucoup. Je les invite à recommencer en mettant l’accent sur le fait de la nécessité des nuances dans le jeu et de l’écoute des autres !
Tout un programme…
Le deuxième enregistrement est de bien meilleure qualité. C’est ainsi qu’un jeune exprime qu’il a pris conscience de l’importance de doser le geste en ce qui concerne la frappe sur les bongos, puis interpelle son voisin pour lui signifier de jouer moins fort afin que le son de l’ensemble devienne homogène ! Une petite règle de vie, via la musique, est (peut-être) entrée dans l’esprit de ce jeune ?
Nouvelle session d’enregistrement à la demande de l’un d’entre eux : individuelle et collective, chacun son tour avec un fond sonore de la tablette, séance d’improvisation.
Un air que j’ai sélectionné sur la tablette rappelle à un des jeunes un film qu’il a vu avec son éducatrice. Elle se trouve justement dans le bureau des surveillants juste à côté de la salle d’activité. Le jeune lui fait signe de venir nous rejoindre afin de lui faire partager cela, il lui tarde de valider avec elle la ressemblance avec la musique d’un film. Cela part d’un bon sentiment. Elle arrive dans la salle, confirme que l’extrait que j’ai trouvé sur la tablette ressemble bien à celui de la musique du film ce qui fait plaisir au jeune. Mais l’éducatrice profite de cette invitation surprise parmi nous pour relayer une information administrative à un autre jeune, Sylvain, et sur le fait qu’il ne va pas être de retour chez lui après sa peine mais qu’il va passer quelques semaines dans un centre fermé d’éducation. Cette nouvelle le déstabilise, il s’énerve, décide de ne plus participer à l’enregistrement de sa voix comme cela était prévu… La réalité de la prison reprend alors le dessus, les jeunes échangent sur leur temps de détention, les dates de jugement etc. Le moment de détente autour de la musique est fini aujourd’hui pour ce groupe !
On arrive néanmoins à terminer l’enregistrement des voix avec les bouts de phrases qu’ils ont écrits avec la professeur de français.
SÉANCE 5 / Jeudi / 9-11h
Enregistrement du morceau de 2 minutes avec les instruments de la table puis avec les sons de la tablette
À l’issue de ces 5 séances , j’envoie au directeur pédagogique les morceaux enregistrés pour chaque participants. Un CD sera préparé pour chacun d’entre-eux et donné à leur sortie.
Stéphane Séva
Sophie D’UDEKEM D’ACOZ est infirmière dans le service de Gériatrie d’une clinique belge. Musicothérapeute, guitariste et compositrice, elle a fondé le groupe de musiciens bénévoles « Musique à cœur ouvert » et a créé un blog où elle partage régulièrement des réflexions en lien vivant avec sa recherche. « Infirmière, j’ai souvent remarqué, et cela me fait mal pour eux, la colère et le désespoir mêlés à un sentiment d’impuissance que certains patients éprouvent face à leur hospitalisation en Gériatrie. Ces patients sont hospitalisés sans l’avoir voulu. Des voisins, le médecin traitant, la famille les ont fait hospitaliser pensant qu’ils ne pouvaient plus continuer comme cela pour diverses raisons : sécurité, hygiène, sous-alimentation, santé mentale, … Ces patients, eux, ne se rendent pas compte ou ne veulent pas voir la raison de leur hospitalisation. Ils en veulent à ceux qui les ont fait hospitaliser. Ils se sentent à l’hôpital comme en prison, nous sommes leurs gardiens, et eux nos prisonniers. (…) C’est alors que me vint une idée : et si je leur jouais de la musique ! »
C’est ainsi que je m’engageai sur un chemin semé de notes de musique dont le but est de parvenir à un mieux-être, de redécouvrir à travers la musique, le son, le rythme, les vibrations, l’harmonie, cette force que nous avons tous en nous : la joie d’exister !
Ce livre témoigne de cette aventure riche en humanité. Comme s’écriait joyeusement une personne âgée au débutd’un atelier musique en maison de repos : « Ah, on va vivre ! »
Table des matières
INTRODUCTION GÉNÉRALE
CHAPITRE I : CŒUR Á CŒUR
Introduction
2/ Ma démarche et son pourquoi
3/ Témoignages
CHAPITRE II : ATELIER MUSIQUE EN GÉRIATRIE
1/ Introduction
2/ Question sur laquelle repose l’idée
3/ Objectifs
4/ L’espace
5/ Conditions et contraintes
6/ Réflexions faites au fur et à mesure du déroulement des ateliers
7/ Conclusion
CHAPITRE III : ATELIER MUSIQUE EN MAISON DE REPOS
1/Introduction
2/ Espace
3/ Qui ?
4/ Objectifs
5/ Formation d’un groupe
A. 12 premières séances
B. Rencontre avec les aides-soignantes et infirmières
6/ Évolution du groupe avec le temps
7/ Comment secouer l’apathie
8/ Je suis vivant
9/ Les sentiments
10/ Maintenir la flamme
11/ Conclusion
CHAPITRE IV : RÉFLEXIONS DU MUSICOTHÉRAPEUTE SUITE À L’ACCOMPAGNEMENT D’UNE PERSONNE DANS SON CHEMINEMENT LORS DE SÉANCES DE MUSICOTHÉRAPIE INDIVIDUELLES
1/ Introduction
2/ Séances
3/ Conclusion
– CONCLUSION GÉNÉRALE
BIBLIOGRAPHIE
300 pages, 15 x 21, 22 €
ISBN : 979-10-93532-17-2
Musicothérapie et maladie d’Alzheimer
Une expérience en EHPAD
Catherine Stefanini exerce depuis 14 ans la fonction de coordinatrice sociale dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et est formée à la musicothérapie.
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SOMMAIRE
Prologue, Introduction I. Préalables 1. La maladie d’Alzheimer Définition et diagnosticDescription La question des causes : une réponse au tout organique ou le pari du sens 2. Mémoire et maladie d’Alzheimer Une mémoire plurielle La mémoire dans la maladie d’Alzheimer La mémoire musicale L’identité sonore et musicale 3. Relation et communication Relation et maladie d’Alzheimer : mise en perspective éthique Langage digital, langage analogique et communication implicite Musicothérapie et maladie d’Alzheimer : une définition II. Présentation du cadre général 1. La Maison de Pommery 3. Extraits de séquences : observations et questionnements L’utilisation du prénom avec des personnes adultes Le cadre thérapeutique Corps en mouvement, corps en vie, la question du rapport au corps Jeu et créativité Voix et identité Mémoire et expression de soi, le pouvoir évocateur des chansons Relaxation, écoute et enveloppe sonore 4. Conclusion, évaluation IV. Thérèse ou le chant des possibles 1. D’une prise en charge collective à une prise en charge individuelle 2. Petite histoire de vie et tableau clinique 3. L’indication et les objectifs de la prise en charge 4. Extraits de séquences : observations et questionnements Cadre thérapeutique et mémoire affective Mouvements et neurones miroirs Mouvements et neurones miroirsNote répétée et accordage affectif La mémoire musicale ou le chant des possibles Empathie et distance thérapeutique Le pari du sens, l’intelligence affective Prolongement Conclusion Épilogue Bibliographie Index des termes Index des noms Annexe
Pendant 10 mois, Elodie, enfant autiste de 9 ans, et moi avons joué ensemble, avec les rythmes et les sons des instruments de musique, ainsi qu’avec notre voix.
Je vais retracer quelques moments forts que nous avons vécus ensemble.
Découverte
La première séance a été une séance découverte … surtout pour moi ! En effet, j’avais déjà été avec des enfants, ou des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, mais n’avais jamais fait de musique avec une enfant autiste. Je cherchais ainsi à communiquer avec elle, par l’intermédiaire des instruments: je jouais différents rythmes, avec différents instruments. Alors que je m’attendais avec beaucoup d’enthousiasme qu’elle joue avec moi, ou danse, ou réponde à sa manière, à chaque fois sa réaction était simple: rejet des instruments et stéréotype !
Etonnée et déçue de cette première séance, je suis repartie avec la question et la motivation d’y trouver une réponse : comment faire pour entrer en contact avec Elodie tout en musique ?
La musique d’Elodie
J’ai vite compris, que je m’étais trompée de direction. Ce n’est pas en imposant ma musique, mes rythmes que je vais pouvoir communiquer avec elle.
C’est en allant dans son monde, dans ses rythmes que je vais pouvoir entendre sa musique, jouer sa musique et entrer dans une réelle communication avec elle.
Le sens de tout cela: pourquoi communiquer avec Elodie ?!
Avant de poursuivre sur nos expériences vécues, j’ai envie de revenir sur un point qui me semble très important. A savoir: l’objectif des séances. Basée sur la méthode des 3i, l’objectif était d’être avec l’enfant, jouer avec lui, le stimuler et rechercher son regard pour lui permettre de s’éveiller, de sortir de sa bulle. Lui permettre également de ne plus être dans l’angoisse, de ne plus subir les stéréotypes. Pour qu’à long terme, il puisse communiquer, entrer en relation avec les autres, devenir autonome. Et acquérir par la suite les connaissances et compétences nécessaires pour aller à l’école et travailler.
J’ai remarqué que sa musique était très belle, sa voix magnifique. Quand elle jouait ou chantait ce qui venait du fond d’elle-même, elle rayonnait, était dans la joie, son regard était vivant et présent. C’était des moments très forts. Des moments d’une grande simplicité, de joie et de bien-être. Moments qui me nourrissaient. Je repartais de chez elle, chargée d’énergie et remplie d’amour. Amour que je pouvais alors transmettre à mes enfants ou aux personnes que je rencontrais.
Par la musique et le chant, Elodie s’exprimait, exprimait ce qui était en elle,
la richesse, la beauté et l’amour qui était en elle.
C’est pourquoi, au fur et à mesure des moments que nous passions ensemble, je n’avais plus forcément d’objectif précis. Si ce n’est celui-ci:
Juste l’envie d’être avec elle.
Juste l’envie d’être.
Des moments de doute
Un jour, j’ai eu envie de faire découvrir à Elodie des musiques que j’aimais beaucoup, qui donnent envie de danser. En effet, la fois précédente, Elodie avait danser toute la séance alors que je jouais des percussions. Je jouais, elle dansait. Plus elle dansait, plus elle m’entrainait à jouer etc… C’était un magnifique moment. C’est pourquoi, je voulais revivre la même chose, avec d’autres musiques !
Cela n’a pas du tout été pareil ! A l’écoute des musiques, elle se mettait à crier en se bouchant les oreilles. Je changeais de musique, voulais danser avec elle. Mais elle ne le souhaitait pas. Elle stéréotypait. Pleurait. Criait. Je n’arrivais pas à entrer en contact avec elle. J’étais désemparée, ne savais pas quoi faire.
Son papa est alors venu. Nous avions longuement discuté. Et surtout, je le voyais agir avec Elodie. Comment il coupait ses stéréotypes. Comment il prenait contact avec elle, jouait avec elle. Je lui parlais de mes craintes: n’étais-ce pas lui faire violence de la couper dans ses stéréotypes ? Mettre la musique trop fort ne la dérangeait-elle pas, ne lui faisait-elle pas mal ?
J’étais très étonné de voir comment elle passait d’une émotion à l’autre. Lorsqu’elle pleurait, il ne s’agissait pas de la plaindre, car, alors, elle y restait, et, je m’engouffrais avec elle dans cette émotion !!! Il était juste important d’avoir un temps pour l’entendre dans l’émotion, y mettre des mots, la prendre dans les bras pour la consoler et continuer par un jeu qui la faisait rire, des chatouilles par exemple. Et, c’était reparti pour un tour de rigolade et de belle énergie.
A l’écoute d’Elodie
Quand j’arrivais chez Elodie, je me mettais à son diapason ! Je voyais dans quelle énergie elle était: enthousiaste ou angoissée, fatiguée ou en pleine forme, contrariée ou joyeuse. Son comportement était très parlant. Puis, je m’adaptais à son énergie. Avait-elle envie de bouger ou au contraire d’être prise dans les bras ? Etait-elle dans des moments d’automutilation ou stéréotypait-elle ?
Il me fallait un temps pour me poser, pour être, entrer en lien avec elle, pour sortir de ma tête les tracas et soucis. Pour cela, je me mettais près d’elle, assise au sol. Je l’observais. Silence.
Elle stéréotypait. Un rythme dans son stéréotype. C’est régulier. Une pulsation.
Je prenais l’instrument que j’avais emmené ce jour-là, et, jouais au rythme de son stéréotype. Je me calmais, me posais. Mes pensées se centraient sur Elodie et son rythme.
Puis, progressivement, j’ajoutais une mélodie, j’enrichissais sa pulsation d’un rythme, d’un autre son et ensemble, nous créions une musique. Son stéréotype cessait, Elodie s’exprimait. Elle rayonnait, me regardait, nous nous regardions.
Elle criait ou exprimait des suites de sons « incompréhensibles ». J’entendais des notes et des rythmes. Je reprenais les notes qu’elle criait sur mon instrument ou avec ma voix, en boucle. Puis, je rajoutais d’autres notes. Une mélodie était née. Sur une ou deux séances, nous avions créé des nouvelles variations sur cette mélodie: danse, chant, violon, bercement, massage etc…
Elodie aimait être massée. Je la prenais dans les bras. Peut-être bougeait-elle ses doigts de façon automatique ? Je reprenais ce rythme pour lui masser les pieds. Des fois, elle s’endormait. d’autres fois, elle se relevait en pleine forme, prête pour un nouveau jeu.
Nous jouions ensemble sur le métallophone, chacune une mailloche dans la main.
Nous inventions des rythmes sur les percussions.
Elle faisait un jeu, j’accompagnais chacun de ses mouvements par un son particulier. Elle faisait le lien entre ses mouvements et ce que je jouais, elle s’en amusait.
Un jour, j’avais oublié de prendre mes instruments de musique … normal pour une musicienne !!!!!
Alors que nous sautions sur le trampoline, Elodie chuchotait « AAAIIIOOOEEE ».
J’avais repris cette suite de lettre, avec son rythme. J’avais alors créé une mélodie: une note par voyelle. Puis, nous l’avons repise durant le reste de la séance, tout en sautant sur le trampoline. Elodie était ravie, elle éclatait de rire. Je rigolais avec elle.
J’avais essayé d’introduire la voyelle U. Mais, elle avait commencé à se taper et crier.
Il était intéressant de noter que le matin même, elle avait travaillé les voyelles lors de sa séance d’orthophonie. C’était une autre façon d’aborder les voyelles.
Les ressentis de mon corps
Je tiens à écrire sur l’importance de mon ressenti, de mon corps dans les moments vécus avec Elodie. Je me suis rendue compte, petit à petit, de la pertinence de mon ressenti, des messages que mon corps m’envoyait.
En effet, j’ai constaté que lorsque j’étais pleinement avec Elodie (cf le moment présent ci-dessous), mon corps me guidait dans ce que j’avais à faire. Il y avait comme un lien entre mon corps et Elodie.
Selon ce que je jouais, je pouvais ressentir un bien-être, un frisson qui me traversait, une énergie qui me nourrissait ou au contraire un mal-être. Cela pouvait prendre la forme d’une douleur plus ou moins diffuse dans mon corps. Ou cela ressemblait à une sensation de « fausse note »: la description la plus proche serait la même sensation lorsque l’on entend une fausse note dans une musique.
Si je jouais malgré la sensation de mal-être, Elodie se mettait à crier, à se taper. Je n’avais alors plus d’autre choix que de passer à autre chose.
Lorsque je jouais ce qui me faisait du bien, Elodie s’enthousiasmait, et, nous entrions dans un beau moment de création en commun.
Je ne connais ni le pourquoi, ni le comment ! Je sais juste que cela était !
Le moment présent
Bien souvent, nous ne vivons pas pleinement le moment présent ! Par exemple, je marche en pensant aux courses qu’il me faut faire. Une personne me parle et je pense à mon travail. Chacun d’entre nous a plein d’exemple à donner !!!
Avec Elodie, il n’est pas évident de ne pas vivre le moment présent !
Lorsque je prenais un instrument, jouais tout en pensant à autre chose, le résultat était très simple: Elodie entrait en crise plus ou moins grande ou stéréotypait.
C’était incroyable !
Lorsque j’étais pleinement avec elle, lorsque « ma tête pensait ce que je jouais », ou lorsque « ma voix et mon corps jouait ce qu’il y avait dans ma tête », j’étais en lien avec Elodie !
De même, Elodie vit pleinement le moment présent.
Quand elle est en colère, elle est en colère ! Quand elle rit, elle rit ! Quand elle stéréotype, elle stéréotype ! Elle passe d’ailleurs très rapidement d’une émotion à l’autre, d’une occupation à l’autre. Et, je ressens qu’elle le fait toujours pleinement !
De même, quand elle danse, elle danse, et ne fait rien d’autre, elle le fait à fond, avec toutes ses émotions, tout son corps, toutes les cellules de son corps, j’ai envie de dire !!! C’est très enrichissant pour moi de la voir, et de vivre ses moments !
Elodie m’apprenait à vivre le moment présent !
Elle m’apprenait aussi à accepter les émotions, à les vivre, puis à les laisser passer,
pour passer à autre chose !
Elle m’apprenait à être dans la joie, à vivre la joie et le rire.
Un nom :
État des lieux / circonstances.
Photographie de l’institution permettant de percevoir où se situe le besoin suite à un constat.
Ex : Déambulation, isolement, difficulté à exprimer ses sentiments, intolérance à la frustration provoquant des crises et de l’agressivité, introversion…..
Quelle est la population concernée ?
Cela est en fonction de l’institution où vous allez travailler. Cette question permet aussi de montrer que l’on s’est renseigné sur l’organisation et le rôle de la structure.
Ex : patient hospitalisé d’office, n’ayant pas de contact avec l’extérieur.
Les intervenants
Formations, corps de métier participant à l’activité, activité déjà mise en place auparavant.
Musicothérapeute et musicien, et infirmier, et éducateur, et EX.
Les moyens nécessaires
Champs d’action de la musicothérapie
Objectifs thérapeutiques
On travaille sur les capacités de communication ayant des troubles de la relation (à l’Autre).
Il est important de se renseigner sur la personne prise en charge, son caractère et ensuite sa pathologie.
Déroulement et circonstance d’une séance
Patient inscrit suite à une concertation de l’équipe pluridisciplinaire.
Ils n’ont pas la même relation avec le médecin, le psychiatre, l’infirmier, l’éducateur. Les rôles, le temps accordé, la relation avec l’autorité et la frustration ne sont pas les même. Il est important pour le patient de ressentir que l’équipe est soudée car il aura naturellement tendance (comme nous tous) a créer un clivage bon est mauvais objet.
Une prescription médicale
Obligatoirement : daté et signé par un médecin titulaire, Au nom du patient avec une problématique de départ, un objectif thérapeutique. Le rythme de séance et la durée de soin.
Ex Dr X , Le ../../
Suite à X trouble du comportement, je souhaite que Mme Y participe au séance de musicothérapie avec Mme Z dans le but de ….
Une fois par semaine durant un mois renouvelable.
Cette prescription est un cadre rassurant pour tous les acteurs du soin (le patient est aussi acteur et donc de moins en moins patient passif).
Déroulement type d’une séance.
Ex : une heure dont un quart d’heure est dédié à la rencontre. (les imprévus, attendre les retardataires, écouter les peurs qui n’ont pas forcément besoin de réponse, les nouvelles du jours, etc. en fonction de la relation qui s’est instauré)
Ce projet doit être adapté au lieu où vous travaillez, votre expérience et votre personnalité.
Si vous prenez le statut de thérapeute (ou aidant), la grande majorité des patients seront bienveillant envers vous et auront envie de vous faire plaisir. C’est là, la difficulté car ils vont réaliser vos désirs en oubliant les leurs.
Avant chaque début de séance j’essaye de visualiser quels sont mes désirs et mes peurs, et ensuite de les mettre à distance durant l’atelier.
Pour ma part j’essaye d’oublier le désir d’esthétique et de réussite, et la peur du silence, de la page blanche, du temps de réflexion et de recherche pour ne pas proposer tout de suite quelque chose venant de moi et empêchant l’apparition d’une idée venant des Autres. Je n’y arrive pas toujours…